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Les Organismes GénétiquementModifiés:

un colosse aux pieds d'argile...




“Deux cents ennemis du meilleur desmondes transgéniques” ont, pour la première fois en Belgique,interrompu, dimanche 7 mai 2000, publiquement, pacifiquement, dans la bonnehumeur et en musique, une “dissémination volontaire” (sic) d’OGMen cours dans la ferme expérimentale d’Au Tri à Franc-Waret(région namuroise).

Alors que la population belge, sensibiliséepar les errances d’une agriculture type “Boerenbond” à coup de dioxineet de vaches folles, se montre suspicieuse à l’égard desOGM, les deux dernières années ont vu fleurir une séried’initiatives de pressions et d’information (protestation lors de conférences;étiquetages “Risque d’OGM” sur des produits contaminés,...).Le “Festival de résistance aux OGM”  offre à un mouvementbelge encore balbutiant l'occasion de passer "en fanfare" des supermarchésaux supermarchands et de "rappeler" que l'inondation transgéniquedes rayons et des assiettes suppose d'abord la mainmise sur les récolteset paysans, ainsi que l'expansion des laboratoires aux dimensions du monde.

Ah ! ces dimanches de mai ensoleillé,dimanche de communion par excellence, de robes blanches, de croix de boiset de réunion de famille. Il en alla tout autrement à laferme de Vévy-Wéron, où la journée commença,alors que le soleil ne brillait pas (encore): en guise de réunionde famille, quelques 200 personnes. Lorsque la pluie cessa enfin de tomber(ce qui correspondait grosso modo à la fin des ultimes mises aupoint techniques, preuve que la nature est bien faite) la journéeput commencer. Le public prit place sous des tentes ou sous un ciel toujoursmenaçant.

Notre vie, leur argent

<< On veut un savoir indépendant,indépendant de toute réflexion - à fortiori dérangeante.On s’adressera don aux experts, car l’expert, c’est précisémentcelui qui n’as plus besoin de penser: il a déjà pensé.Tout le secret de son métier consiste à nous faire participerà sa sérénité post-réflexive.>> Multitudes,n°1 mars 2000.

La "conférence combat" qui se dérouledurant la matinée est animée par Isabelle Stengers, professeurde philosophie à l’ULB: <<(...) Ce à quoi nous avonsaffaire avec les OGM est une petite partie d'un très trèsvaste processus très ancien. (...) J'ai eu l'occasion d'affronterce problème quand je me suis intéressé à lapolitique des drogues illicites. Il y avait des gens qui disait, cettequestion n'est que le bout immergé de l'iceberg, par rapport àla question des banlieues, à la question du chômage, au dramesocial que traduit, en fait, l'abus de drogue. Je dis oui, sauf que c'estpeut-être justement un point de départ pour travailler, unpoint de départ qui oblige à penser,(...) Un point de départ,qui fait que des gens, qui sinon pourraient aller leurs chemin indépendamments'allient et apprennent les uns des autres. Ici nous avons des gens quiviennent d'un peu partout, (...) et qui pour la plupart savent déjàce qui a été dit, mais savent qu'il est important que celasoit dit publiquement.>>

L’intervention de Paul Lannoye, députéeuropéen, est un coup de projecteur sur la mise en scèneeuropéenne des intérêts qui s'y rapportent,  ainsique sur le lobbying acharné des entreprises de biotechnologie -Novartis, Dupont, Monsanto et d'autres - auprès du Parlement etde la Commission. C’est aussi l'occasion d'aborder la différenceentre une découverte et une invention  - la premièrepréexiste à sa mise en lumière, la seconde est unproduit de l'activité humaine - et le flou juridique qui entoureces notions. Il aura fallut 10 années pour que le parlement émettentune directive officialisant les brevets sur le vivant, alors que celui-cifait partie du domaine de la découverte (personne n'a inventéles plantes).

Jean Pierre Berlan, chercheur àl’Institut Nationnal de recherche agronomique français, démonteensuite les ressorts de l'entreprise de stérilisation poursuiviedepuis 150 ans. Il dénonçe les objectifs de ceux qui développentles OGM, qui est d’acquérir une emprise plus grande sur les agriculteurs- gage d'un marché fructueux et durable -, les assujettissant pardes contrats de vente englobant semences modifiées résistanteà un herbicide et l'herbicide en question, les obligeant ainsi àracheter l'année suivante de nouvelles semences. Ce processus avaitdéjà cours avant l'introduction des OGM sur le marchémais ces derniers poussent cette logique jusqu'à son paroxisme avecle gène terminator (et, maintenant, ces clônes) qui stériliseles plantes.

<<(...) Monsanto à annoncerurbi et orbi, au mois d'octobre, qu'ils avaient décidé dene plus travailler, de ne plus mettre en oeuvre, Terminator. Et ensuiteon vous raconte comment un homme a convaincu le géant US que legêne Terminator était une technologie devenue folle. Maisc'est absurde..., je veus dire c'est une mystification. Terminator n'estpas une techologie devenue folle, c'est le plus grand triomphe de la biologieappliquée au XXème siècles, (...) c'est enfin la réalisationdans le vivant du projet de l'économie politique. Terminator estabsolument inscrit dans le mode de fonctionnement économique quenotre société. (Pour) confisquer le vivant, pour que le vivantdevienne une marchandise comme les autres, il faut en effet que, dans lecas particulier de l'agriculture, empêcher l'agriculteur de semerle grain récolté. Il faut faire des plantes et des animauxstériles. Notre société, quand je parle de guerreau vivant, est en train de s'attaquer à la propriétéla plus fondamentale des êtres vivant qui est de se reproduire etde se multiplier. Pourquoi faire ? Pour en faire le monopole de quelquesmultinationnales. (...)>>

Ce gène n'étant pas encorecommercialiser, le contrôle sur les agriculteurs se fait via uneagence de détective (la célèbre agence Pinkerton)et par un numéro de téléphone vert permettant au braveagriculteur à qui les intérêts de Monsanto (puisqu'ils'agit d'eux) tiennent tellement au coeur de dénoncer son voisinpour "vol de technologie". Marc ensuite nous fit la présentationdes lignes de force de l'agriculture paysanne et présenta le Mouvementd'Action Paysanne (MAP) et les autres syndicats regroupés au seinde Via Campescina (du Mouvement des sans-terres au Brésil àla très médiatique Confédération paysanne française).Ils tentent de promouoir une agriculture qui s'inscrit dans une perspectivede développement durable et respectueuse des gens et de leur environnement.

Enfin René Riesel, éleveurde brebis en France, entrepris la dissection d'une marchandisation industrielledont les OGM ne sont qu'une manifestation exemplaire et nous parla de lanécessité de la résistance (active bien sûr)aux OGM mais aussi au monde qui les produit. <<(...) Ce dont on parleen fait, c'est une expropriation et c'est de l'expropriation de l'existencedes hommes par un système qu'il on eux mêmes lancéet qu'ils ne maîtrise plus. Je croie que tout ce qui vas vers lesens de la reconquêtes de la domination de nos vie est toujours bonà prendre. C’est une des principales choses qu'il faut affirmerlorsque l'on passe à l'action directe. En précisant aussi,mais je ne veut imposer mes vues à personnes, qu'une telle actionne s'adresses pas tant à des politiques auxquelles on demanderaisavec beaucoup d'illusion, me semble t'il de changer le monde - qu'ils ontbien été incapable de changer, et qu'il perfectionne dansla domination de jour en jours - mais plutôt un appel aux gens, s'ils'en trouve, pour entendre ce qui veut être dit là, àprendre en main leurs existences, et à aller un peu plus loin dansla réflexion que la culture de la peur, de la crainte dans un mondequi ne sait plus produire que çà. (...)>>

Isabelle stengers de conclure:<<Nousavons affaire à une constitution de savoir, savoir pratique, savoirpolitique, savoir scientifique aussi. (...) Et je crois que, mêmesi, on n'en est vraiment qu'a un balbutiement, ou un tout petit remous,dans quelque chose qui est un très puissant torrent. Il me sembledéjà qu'il faut savoir dire, non pas qu'il y a eu une victoire,mais qu'il y a eu un... improbable. C'est à dire que quelque chosequi apparaissait, il y a encore quelques années, comme parfaitementlégitime, comme allant dans le sens du progrès, de la rationalité,c'était en fait, les lois de la société, oùles lois du marché ce qui revient au même. Et bien, cettechose, où il fallait être vraiment minoritaire pour oser émettreun doute, balbutie un peu. Il y a comme une hésitation, il y a commeune perte de légitimité dans des discours qui, jusque là,y allais comme des bulldozers.  (...) >>

Quelques échanges avec le publicplus loin, le pic-nic pouvait commencer. Pain de Fred de la ferme de VévyWéron, fromages du Hayon, le tout accomodé par Kokerellen,cuisine roulante alternative. Le soleil pointe timidement son nez, le stockde bière Moinette se fit piller et des musiciens sortirent leurinstruments.  Digestion, moments de quiétude. Mais déjàle signal du départ; la journée est loin d'être finie.

Effusion chamêtre de rage et dejoie...

Les voiturent s'ébranlèrent,une partie suivit les indications, l'autre resta avec le camion sur lequelavait prit place René Binamé et les Roues de Secours tandisque le bus se rendait à la gare de Namur pour ramasser les derniersarrivés. Malheureusement une des voitures a un accident. Les occupants,légèrement blessé, sont conduit à l'hôpital.Profitant de l'embouteillage, la police arrête le camion et décrétequ'il ne partirait pas sans escorte et sans divulguer sa destination.

Pendant ce temps, la moitié desprotestataires avait déjà gagner le point de ralliement (àsavoir le village de Marchovelette à 2 pas de Namur) et attendraitl'autre moitié, cette fois sous un soleil tapant dur et un cielbleu à perte de vue. Enfin le cartège formé du buset des autres voitures arriva. La police de Namur les ont escortésjusqu'à la sortie de la ville de Namur, après s'en êtrelavé les mains (et merci d'être venu, hein!). Les dernièresmodalités seront vite expédiées - dispositions deslieux, dispositif de retrait en cas de perturbation inopportune, masques,répartition des banderolles et drapeaux... Objectif ultime de lajourné: une ferme appartenant à Monsanto. Le cortègeput démarrer et il le fit sur les premiers accords de RenéBinamé.

Une Seeds Party ?! Késako ? Et bien,en l'occurrence, deux centaines de femmes, hommes et enfants désireuxde ne pas être réduits au rang de "consommateurs" ou d'"exploitantsagricoles" et qui, librement rassemblés, ont l'audace de célébreret de traduire pratiquement une capacité de peser sur le réelque tout semble leur refuser. Les deux kilomètres furents avalésen dansant. La manif-fiesta-action tint ses promesses: elle fut colorée,déguisée, festive et décidée.

Arrivé à la ferme, pas deflottements. Un trou dans le grillage, un pan de clôture arrachéeet 200 personnes s'égayèrent dans la propriété,le gros des troupes se dirigeant vers le champ de colza situé derrièreles bâtiments. L’arrachage, qui a duré plus ou moins un quartd’heure, s’est déroulé dans une ambiance particulièrementjoyeuse, sur un fond musical entraînant (un camion équipéd’un "sound system" ayant emmené le cortège jusqu’au lieude la décontamination), parmi les déguisements de carotteset autres mutants de la transgénèse, et les calicots arborantle biohasard. Différentes techniques sont mises en oeuvres: cassage,arrachage.  Un certain nombre d’entre nous ont pris part àcette initiative en famille (ce qui a permis de vérifier que l’unedes façons les plus efficaces de se débarrasser d’une parcellede colza est encore de s’y laisser tomber de tout son long...). Vingt aresseront ainsi proprement décontaminés - ou saccagés,c'est selon le point de vue - avant que la sirène de la retraitene retentisse. Les concierges ayant appelé la police, deux combiset quatre (?!) gendarmes sont arrivés sur les lieux. Combien pouvait-ilencore en arriver ?

Retraite donc mais avec un objectif réussi.Plus d'un regretteront de ne pas être resté plus longuementmais bon... Les participants se sont donc spontanément rassemblésau-dehors de l’enceinte, le retour jusqu'à Marchovelette se fitde nouveau en dansant et la fête se prolongea encore pendant deuxheures sur la petite place du village. Imaginez la manif la plus inventiveet la fête "publique" la plus galvanisante. Puis, oubliez-les: del'avis général des participants, cette escapade champêtrerestera pour longtemps incomparable… Et si les nécrotechnologieet leurs artisans ont (un peu) pris du plomb dans l'aile ce jour-là,tant mieux, nous, en tout cas, on s'est bien marré.

Aucun appel ici à une “transparence”ou à une “biosécurité” qui confinent à la plaisanteriecynique, pas plus qu’il n’était question d'y faire entendre des"revendications" (à qui ?) ou d'y porter "l'assaut ultime" contreles forteresses du pouvoir (même si elles ont l'apparence de centresagrochimiques…) mais d'y retrouver une puissance collective, en prise directesur le scandale permanent des "disséminations volontaires" d'ANDmanipulé.

D’une expérimentation àl’autre

Une nuit de 1987, deux mille fraisierssont arrachés par des inconnus dans l’enceinte de l’Universitéde Californie. Contrairement aux attentes des chercheurs en géniegénétique de Berkley, déjà la premièredissémination à l’air libre de plantes génétiquementmodifiée est  surtout restée dans l’histoire comme lapremière manifestation pratique de l’opposition aux OGM. Pays-Bas,Allemagne, Angleterre, France, Brésil, Philippines... autant delaboratoires dans lesquels s’expriment une résistance croissanteà l’exploitation transgénique de la terre et des hommes quila valorisent. En Inde, une vague de suicide a frappé la paysannerie.Sans précédant par  son ampleur, mais aussi par sa forme:une sorte de mouvement social de suicidé. Si un trop banal surrendettementest à l’origine de leur geste, ils choississent comme vecteur deleur mort et donc de leurs colères: le Roundup, herbicide pharede Monsanto. Du Roundup, cul sec et hop! Le KRRS, puissant syndicat agricole,fédère la grogne et réactualise le Quit India Mouvementde la guerre d’Indépendance en détruisant le siègelocal de la multinationale semencière Cargill, puis des champs d’OGM.Opération réitérée en France à deuxreprises avec la Caravane Intercontinentale au cours de laquelle cinq centIndiens sont venus témoigner de leur situation: “Après avoirbouté les Anglais, nous devons bouter les multinationales”. A Bangalore,le 26 septembre 2000, ils étaient 30.000 à lancer un appelà “la destruction de tout essai transgénique. Ici et partoutsur la planète.” lors d’une grande manifestation qui cloturait unTribunal populaire des semences.

Certains de ceux qui se sont exposéslors de ces actions encourent aujourd’hui des peines de prison et de lourdesamendes. Des procès qui sont autant d’occasions de questionner publiquementla triple prise en otage, des modes de vie, de l’environnement et de lasanté, que représentent les OGM. En France, suite àla destruction de maïs transgénique Novartis, stock destinéà lancer la culture de maïs insecticide (Bt) dans l’hexagone,un premier procès a eu lieu à Agen. Une défence exposéedans la Déclaration au tribunal d’Agen de René Riesel <<Dansla version désormais suicidaire du capitalisme, chaque pas faitdans le sens du “Progrès” n’est qu’un pas vers la catastrophe. L’ampleurdu désastre, et la menace de son aggravation, mettent en cause lanature même d’une société dominée par les rapportsmarchands, de façon vitale>>. Les accusés ont étécondamnés à des peines de prisons avec sursis et àde lourdres amendes. Ils n’ont pas fait appel, mais les amendes n’ont éténi payées, ni réclamées... La première desdeux actions entreprises dans le cadre de la Caravane intercontinentale,récolte d’un champ de maïs transgénique, a déjàété jugée à Foix en septembre: c'étaitle premier champ détruit appartenant à un organisme de recherchepublique. Environ 2000 personnes se sont retrouvée devant le tribunaloù stands et débats se sont tenus toute la journée.Douze milles cartes de soutien ont été remises au tribunal.Les accusés ont écopé d’une condamnation “symbolique”,le procureur, estimant qu’”il n’était pas nécessaire de détruirece champ pour provoquer un débat sur les OGM”. La seconde, le 5juin 1999, visait la destruction de serres contenant du riz transgénique.Elle à rassemblé 150 personnes dont 50 indiens. Le procèsest prévu à Montpellier le 8 février 2001.

Bien que la situation françaisesoit intéressante, c’est encore chez nos voisins anglais que larésistance a été la plus vaste en Europe. En 1999,sur cent-cinquante sites d’expérimentation répertoriés,septante destructions de tout ou partie de champ ont eu lieu. Cinquantede ces actions, qui rassemblent parfois plusieurs centaines de personnes,se sont concentrées de la mi-juin à la mi-août. Le17 août, la situation est tellement tendue que l’annonce de quatrenouveaux sites d’expérimentations fait la “Une” de toute la presse.Un des groupes impliqués dans cette campagne, GenetiXsnowball (http://www.gn.apc.org/pmhp/gs,on trouve sur ce site un incontournable pour tous ceux qui serait tentépar une démarche de ce type "The Handbook for Action”) a subi unepluie d’injonctions suite à des actions de décontaminationannoncées, ouvertes et pleinement assumées s’inscrivant dansla tradition de la désobéissance civile non-violente. Desactions qu’ils entreprennent<<dans le but de construire une résistanceactive à ces technologies géniques qui ne sont ni voulues,ni nécessaires, ni sûres mais irréversibles. Lorsqueles multinationales de biotechnologies refusent de prendre leurs responsabilitéspour les risques liés aux OGM ; lorsque nos systèmes légauxperdent tout sens moral ou éthique, nous nous devons de prendrenos responsabilités. Nous pensons qu’une façon de les prendreest d’enlever avec précaution un nombre symbolique de plantes modifiéeshors du sol et, ensuite, d'encourager les autres à entreprendreune action du même type.>>  Les injonctions édictéespar les tribunaux les condamnent à des astreintes s’ils approchentencore d’un champs transgénique. Ils les ont collectivement transgresséesavant de renoncer à ce type d’intervention et s’engager résolumenten d’autres champs.

Toujours au Royaume Uni, l’action qu’asmené Greenpeace durant l’été 1999, a donnélieu a un procès remarquable: <<(...)ils (les personnes inculpées)ont été acquittés par le tribunal de Norwich le 21septembre. (...) Le tribunal a suivit l'argumentation des écologistes:ceux-ci ont montré que le gouvernement avait ignoré un rapportdes experts du Centre John Innes, rapport commandé par le gouvernement,qui concluait à la contamination inévitable des culturesvoisines.(...)>>
 

Action directe ... répressionimmédiate !

En ce qui nous concerne, le lendemain dela décontamination, le directeur des relations industrielles deMonsanto déclarait: “Cela nous fait un an de culture perdu” et chiffreles dégâts à 2 millions de francs belges. Le surlendemain,la presse belge publie la liste (elle se trouve sur notre site !) des localitésabritant des sites de culture d’OGM: la majorité d’entre-eux estsituée en Flandre, mais il s’en trouve aussi en Wallonie oùles communes contaminées sont, pour: le Brabant Wallon: Piétrebais(Incourt) et Jauchelette (Jodoigne); Liège: Avernas-le-Bauduin(Hannut)et Juprelle; Namur: Franc-Waret(Fernelmont) et Mettet; Hainaut: Salle(Chimay),Villers-La-Tour(Chimay), Bourlers(Chimay), Macon(Momignies), Bomal(Durbuy),Escannafles(Celles), Pottes(Celles), Warcoing(Pecq), Herinnes(Pecq), Cordes(Frasnes-les-Anvaing).Près de 120 hectares de végétaux génétiquementmanipulés ont ainsi été semés en 2000 (soitune quinzaine de variétés). Ces cultures sont toutes renduestolérantes à un herbotoxique. En un an, le nombre de sitesde “dissémination volontaire” de végétaux altérésgénétiquement est passé d’une centaine à 144.Ces champs sont autant de sources de contamination de l’environnement,et autant de pas accomplis dans le sens de l’expropriation des paysans.Le  31 mai, Monsanto décide de fermer deux de ses quatre implantationsen Belgique: un centre européen de recherches à Louvain-laNeuve et... la ferme de Franc-Waret. “On ne s’attendait pas à celaen Belgique”, réagit William Moens, directeur du Service de Biosécuritéet Biotechnologie, ce qui illustre bien la pertinence d’une telle intervention.

En juin, Monsanto intente des poursuitesjudiciaires contre certains des décontaminateurs du 7 mai. Ellesitue cette fois les dégâts entre 4 et 10 millions de francsbelges, avant de trancher pour 5,5 millions. La BSR de Namur, chargéedu dossier, entame une première ronde d’auditions de personnes suspectéesd’avoir participé à la décontamination (plus de 30personnes à ce jour ). Mis à part quelques personnes appeléessur la base de la plaque minéralogique de leur véhicule,les autres sont convoquées à partir de photos. Dans leurrecherche, les forces de l’ordre sont aidées par le matérielqu’a méthodiquement rassemblé un journaliste (?) de l’AgenceBelga ainsi que par les images reçues directement de la RTBF (Onappréciera au passage la politique d’ouverture de la RTBF.) A cesséries de photos la BSR de Bruxelles applique un filtre en fonctiondes activités politiques antérieures de chacun. C’est uneméthode qui ne se révele pas exempte de surprises: quelqu’una été convoqué pour constater que la BSR avait intervertitces données avec celle d’une autre personne fichée, plusieursautres ont été convoquées, photos à l’appui(!),alors qu’elles n’ont pas participé à la journée. Lepéril que représente les participants à la décontaminationsemble suffisant pour justifier l’envoi d’une commission rogatoire, assortied’une instruction d’arrestation immédiate, interrogé RenéRiesel, dans sa bergerie des Gorges du Tarn. Même la police locale,surprise, freine les ardeurs des vaillants policiers belges. Une simpledéposition aura finalement suffi.

Les organismes génétiquementmodifiés ont été imposés au profit de quelques-unset au détriment du plus grand nombre. Mensonges, manipulations etfraudes ont été utilisées lors de cette introductionforcée. Ces expériences ont comme objectif la banalisationde la présence des OGM dans notre environnement comme le donne àcomprendre l’intitulé du programme européen Familiarizationand Acceptance for the use of genetically modified oilseed rape throughmonitoring-experience (FAME). Familiarisation et acceptation, àquoi cette action apporte une réponse claire: en Belgique pas plusqu’ailleurs nous n’acceptons l’introduction du génie génétiquedans notre allimentaion et notre environnement. Collectivement engagédans cette action de responsabilité civile non-violente, deux centspersonnes ont refusé de se plier au cours inéluctable deschoses: iIs ferons de ce procès, le procès de “Monsanto etdu meilleur des mondes transgénique.”

<<Cette maison est la nôtre.(...) On ne s’y étonne de rien, on se contente de craindre. Et deréclamer l’application du principe de précaution, ou plusde transparence dans la gestion des risques. A cela nous n’avons rien àopposer d’autre que la volonté de réhumaniser le monde, derepousser l’Economie, l’Industrie, leur Science et leurs marchandises au-delàdes frontières de nos vies.. >> Déclaration sur L’agriculturetransgénique et ceux qui prétendent s’y opposer , éditionsde l’encyclopédie des nuissances, Paris 2000.

Puisse, cette première mise en oeuvredirecte d’un “principe de précaution” trop souvent vidé deson sens, entrouvrir la voie à un monde libérer des organismesgénétiquement modifiés.


 
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