Chère collègue,cher collègue,

Cirad info de février 2001 publieun article sur les suites judiciaires de l'effraction de la serre, àMontpellier, en juin 1999.

Le directeur général souhaiteque vous puissiez en prendre connaissance dès aujourd'hui afin demieux partager la position du Cirad sur ce dossier.
Vous trouverez le texte ci-après.

Nous vous en souhaitons bonne lecture.

Bien cordialement.
Vincent Dollé
 

Les suites judiciairesde l'effraction de la serre

La position du Cirad
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Le Cirad a porté plainte contreX à la suite de l'effraction de la serre et de la destruction desplants de riz génétiquement modifiés, le 5 juin 1999,à Montpellier. Trois personnes ont été mises en examendès le 22 juin 1999 : José Bové, Dominique Soullieret René Riesel. Après la clôture de l'information judiciaire,le juge d'instruction a renvoyé l'affaire devant le tribunal correctionnel.L'audience aura lieu à Montpellier, le 8 février prochain.

Il me paraît important que chacundispose des éléments du débat et des principes quifondent la position du Cirad. Notre objectif est de défendre lamission de la recherche publique en général, et du Ciraden particulier, et la possibilité de poursuivre des recherches surles nouvelles technologies. Il n'est pas acceptable que des militants,même s'ils sont sincères, recourent à la force pourrendre impossible ce type de recherche. La position du Cirad ne vise pasl'action syndicale, pas plus que tel ou tel syndicat.
 

Ni pour, ni contre les Ogm.
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Le Cirad n'est ni pour, ni contre les organismesgénétiquement modifiés (Ogm). Il estime que son mandatde recherche au service du développement lui impose : de participerà l'avancée de la science ; d'explorer l'intérêtpotentiel de ces nouvelles applications pour les pays en développement; de contribuer à mettre au point des applications utiles ; de travaillersur les conditions de leur bonne utilisation ; d'aider les partenairesqui le lui demandent à créer leur propre expertise pour définiret mettre en oeuvre leur politique, leur réglementation et leursprojets de recherche.

Ce dernier point est fondamental. Nousconstatons que les opinions sont aussi tranchées dans les pays duSud que dans ceux du Nord. De nombreuses voix éminentes s'élèvent,dans les pays en développement, pour affirmer que les Ogm pourront,peut-être, fournir des solutions, ou apporter des élémentsprécieux de solution, à des problèmes graves que l'onsait mal résoudre autrement. Elles estiment que les premiers bénéficiairespourraient en être précisément les petits producteursles plus vulnérables, dépourvus de moyens techniques et financiers.Ces personnes ne sont pas naïves au point de croire que la techniqueseule sortira leurs pays du sous-développement, mais elles refusentde
s'interdire a priori d'utiliser certainséléments qui seront un jour à leur disposition. Ellescraignent également l'émergence d'un " apartheid technologique", qui réserverait aux seuls pays nantis les applications de lascience moderne. Elles font enfin remarquer avec force qu'il revient auxpays concernés de définir leurs propres orientations et qu'iln'appartient pas aux pays riches de décider à leur placeleurs choix de développement.
 

Du bon usage du principe de précaution.
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Le Cirad se garde bien de conclure hâtivementque les Ogm représentent une voie d'avenir pour les pays en développement,et encore moins de prôner leur culture à grande échelleavant que les validations indispensables n'aient été effectuées.Mais personne n'est aujourd'hui non plus en mesure d'affirmer qu'ils n'aurontd'ici à dix ou vingt ans aucun intérêt pour ces pays.Cet horizon est celui de la recherche. Il est du devoir d'un organismefinalisé comme le Cirad de contribuer à répondre àcette question.

Les auteurs de l'effraction distinguentl'" illégalité " de leur action de sa " légitimité", en arguant que les choix sont faits par les chercheurs sans aucun contrôledémocratique des conséquences négatives qu'auraientles nouvelles technologies pour la santé et l'environnement. Leprincipe de précaution est ainsi invoqué pour réclamerl'arrêt de toute recherche sur les Ogm. Mais le principe de précautionest tout sauf un principe de paralysie. Il comporte, bien au contraire,une obligation de recherche pour réduire les incertitudes dues àl'identification de risques hypothétiques.

La position du Cirad a déjàété exprimée à de nombreuses occasions. Ellea été validée par son conseil scientifique et parson conseil d'administration. Elle est conforme aux avis expriméspar des instances telles que la Fao, les centres internationaux de rechercheagronomique, ou les académies des sciences de plusieurs pays duSud. Elle correspond aux conclusions de la Conférence des citoyens,réunie en juin 1998 à l'initiative de Jean-Yves Le Déaut,président de l'Office parlementaire d'évaluation des choixscientifiques et technologiques. Elle va également dans le sensde l'avis du Conseil économique et social, adopté les 6 et7 juillet 1999, sur la base d'un rapport intitulé " La France faceau défi des biotechnologies : quels enjeux pour l'avenir ? ", présentépar Philippe Rouvillois et Guy Le Fur. Cet avis a été adoptéà l'unanimité, avec le soutien explicite de l'ensemble dessyndicats et des groupes représentant les intérêtsde l'agriculture, des associations et de la coopération. Il estdonc faux de prétendre qu'il n'existe pas de demande sociale pourune recherche sur les
organismes génétiquementmodifiés, que les chercheurs décident seuls de leurs orientationset que ces dernières seraient contraires aux voeux expriméspar la société civile ou par ses représentants élus.

Je voudrais également rectifierun élément avancé régulièrement commejustification. Contrairement à ce qui a pu être dit, les déprédationscommises n'ont pas été symboliques. Elles ont un coût,qui se chiffre en millions. Ces travaux étaient intégralementfinancés par des fonds publics français et européens.Faisant l'objet d'engagements contractuels du Cirad, ils devront êtrerecommencés. Au-delà du gaspillage de l'argent du contribuable,c'est aussi l'outil de travail qui a été atteint, avec degraves conséquences professionnelles pour plusieurs de nos collègueset pour des étudiants en thèse qui se voient lourdement pénalisés.

Les recherches sur la transformation génétiquereprésentent moins de 20 % des activités du Cirad. Notreétablissement ne saurait donc être accusé de sacrifierà un effet de mode en abandonnant d'autres voies égalementprometteuses pour faciliter l'accession de nos partenaires à unmode de développement durable. La protection intégréedes cultures, les semis sous couverture végétale, la sélectionparticipative de nouvelles variétés font, par exemple, l'objetd'un soutien accru. A l'avenir, les travaux qui touchent à l'étudede la biosécurité ou aux conditions du bon usage des techniquesde recombinaison de l'Adn bénéficieront égalementd'une priorité renforcée.

L'exigence de débats rigoureux.
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Les questions liées aux biotechnologieset à la détermination des choix de la recherche publiquesont complexes. Elles méritent d'être abordées avecrigueur et objectivité, sans préjugés idéologiques,sans raccourcis simplistes et sans démagogie. Le Cirad est ouvertau dialogue qu'il continuera à encourager en son sein comme àl'extérieur. Mais il refuse que l'intimidation et la destructiond'expérimentations soient considérées par certainscomme la bonne manière de conduire le débat.

Bernard Bachelier