Ou comment la sémantiquese met au service d’un pouvoir






Dans cet exposé, nous allons essayerde décortiquer quelques-unes des manipulations (non génétiques)du langage autour des Organismes Génétiquement Modifiés(OGM). Après avoir identifié la manipulation, nous chercheronsà qui elle profite. Nous identifierons ainsi plusieurs des pouvoirsqui ont un intérêt (financier ou intellectuel) à promouvoircette technique.

  1. Qu’est-ce qu’un OGM ?
    1. Le point de vue de l’industriel

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      Un grand groupe agrochimique mondial afait une campagne de publi-information en 1998, où il est dit que" les biotechnologies ont perfectionné les techniques traditionnellesde sélection végétale ". Mais alors, si les biotechnologiesne font que " perfectionner les techniques traditionnelles", les OGM sontessentiellement pareils à ce qu’a donné la sélectionvariétale qui remonte au néolithique (environ ?10.000 ans)… même si l’on nous dit par ailleurs qu’ils sont qualitativementdifférents et meilleurs !
      Il s’agit là d’un quitte ou double: soit les OGM sont pareils et j’arrête ici mon exposé, soitils diffèrent et cette publicité est mensongère.

      Je prétends qu’un OGM diffèredes produits de la sélection variétale pour plusieurs raisons.
      ? La première, radicale, est quela nature n’a jamais mis un gène de poisson des mers arctiques dansla tomate. Or les biotechnologies l’ont déjà fait !
      ? La seconde, plus intellectuelle maistout aussi définitive est la définition même d’un OGMpour la communauté européenne : " organisme dont la modificationdu matériel génétique est telle qu’elle ne peut pasêtre obtenue par accouplement et/ou recombinaison naturelle ".
      Donc la définition exclut, derechef,les OGM des produits naturels !
      On pourrait m’objecter qu’une publicitéd’une entreprise est, par définition, un outil de propagande, etque l’intérêt financier seul guide le communicateur. Que,dès lors, il est facile de stigmatiser la malhonnêteté.

      Hélas, la situation est plus complexe,comme le montre le paragraphe suivant.

    3. Le point de vue du secteur public
    M. François Gros est secrétaireperpétuel de l’Académie des Sciences française. Ilest donc a priori indépendant des pouvoirs financiers. Ila écrit "Depuis des millénaires également, l'hommeest biotechnologue. Les gestes du cultivateur, puis ceux de l'horticulteur,le bouturage, le marcottage, le greffage, ou encore ceux de l'éleveur,sont apparus avec la civilisation et se sont très vite affinésavec les progrès de ses moyens et de ses besoins.". Ces propos semblentjustifier la publicité sus-mentionnée.

    Le paysan, depuis le néolithique,a effectivement fait des croisements entre animaux, entre plantes. En cesens, il a infléchi la sélection. On a vu plus haut que lesOGM ne sont pas la sélection variétale, donc on ne peut pasassimiler l’une à l’autre. De plus il y a un saut qualitatif radicalentre les manipulations a priori des biotechnologues et le bouturagede l’horticulteur ou la sélection a posteriori de l’éleveur.Donc quand M. Gros assimile le travail de bouturage aux biotechnologies,ses propos ont clairement pour conséquence (et certainement pourbut) d’augmenter l’acceptabilité.

    A l’instar de cet éminent scientifique,une bonne partie des scientifiques du secteur public français soutientl’identité entre les OGM et le travail immémorial du paysan! Le problème est donc plus complexe et il n’y a pas que le campdes entreprises avides d’argent et le secteur public désintéresséde l’autre puisque cette thèse fausse est défendue aussipar des gens dont on peut espérer qu’ils sont désintéressés.

  2. Un exemple d’OGM

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    Les agriculteurs biologiques utilisentdepuis plus de 70 ans une protéine émise par une bactériedu sol, Baccillus thurigiensis (Bt), qui a un effet insecticide. C’estd’ailleurs le seul insecticide qui leur soit autorisé.
    Les chercheurs des Sciences de la Vie(nous reviendrons sur cette appellation plus tard) ont donc eu l’idéed’insérer le gène de la bactérie dans le maïspour qu’il émette lui-même cette toxine. Il nous est alorsexpliqué par la métaphore du couper-coller qu’on a mis ungène de bactérie dans le maïs.

    1. Pourquoi la métaphore du couper-collerest fallacieuse ?

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      Cette section, plus technique, peut êtrepassée sans scrupule.
      A y regarder de plus près, maissans entrer trop dans la technique, on a fait subir au moins trois transformationsau gène de la bactérie du sol :
      - on a remplacé le promoteur (quimarque le début de la séquence codante) par la séquencedu virus de la mosaïque du chou-fleur. Ce changement n’est pas neutrecar en présence de ce virus, l’OGM désactive le gèneinséré, sans qu’on sache pourquoi.
      ? le terminateur, qui marque la fin dela séquence codante, a, lui aussi, été changé.
      ? Des codons de la séquence codanteont aussi été changés.
      Enfin, même la séquence codantea été tronquée dans le maïs de Novartis afinque la protéine soit plus virulente.

      Bien évidemment, à un niveaude vulgarisation superficiel, on peut utiliser la métaphore du couper-coller,mais comme cette métaphore banalise une opération finalementlourde, elle a l’effet politique d’augmenter l’acceptabilité desOGM. Comme c’est justement le souhait des promoteurs des OGM (du secteurprivé comme du secteur public), on peut se demander s’ils sont toushonnêtes dans le choix de leur métaphore !

    3. Un maïs écologique ?

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      Conservons l’exemple du maïs Bt décritci-dessus et vanté par une publi-information d’un grand groupe agrochimiquecomme une " plante qui résiste naturellement aux insectes et auxparasites ".

      Après tout, vu l’explication donnéeci-dessus, on n’a plus besoin de mettre d’insecticide sur ce maïsqui devrait donc être considéré comme écologique… ? Pourquoi diantre des gens qui se préoccupent de l’environnementpourraient-ils s’opposer à ce progrès de la Science modernequi diminue les pollutions ?

      Si ce n’étaient que des groupesagrochimiques qui avancent cet argument, on pourrait essayer de soutenirun (mauvais) argument qu’ils ne poursuivent que leur intérêt.Bien sûr ce n’est pas totalement faux, mais cela ne dit pas pourquoile maïs Bt n’est pas écologique.

      Il y a plus fort.

      Le journal du CNRS (oct. nov. 2000 p. 19)explique, lui aussi, que ce type d’OGM " limite l’usage d’insecticides" ! Si donc la Science confirme ce que dit l’industrie, quels sont doncles arguments des irréductibles opposants ?

      Au risque de surprendre, la phrase du journaldu CNRS est juste … mais elle nous induit en erreur. A la lire, on se ditque si on n’a pas besoin de mettre d’insecticide, alors, il y en aura moinsdans la nature. C’est oublier que c’est la plante qui émet l’insecticide,et ce, pendant toute l’année, par toutes les parties de la plante.Comme le CNRS ne peut l’ignorer (!), la déformation est délibérée.
      La seule question scientifique qui sepose alors est de savoir quelle quantité de Bt la plante émet.

      Ô surprise, le secteur privén’a fait aucune mesure (publiée en tout cas !). On pourrait le défendreen disant qu’après tout " ce n’est pas [son] travail, [son] travailest d’en vendre le plus possible " (propos tenus par un officiel d’uneentreprise de biotechnologie aux EUA). Ce serait négliger que lesecteur public, lui non plus, n’a fait aucune étude (publiéeen tout cas), où que ce soit dans le monde, tant sur le maïs,le soja que sur le coton.
      Pourquoi le secteur public (qui ne poursuitque la " connaissance et le bien-être social ") ne s’est-il pas poséla question ?

      La réponse est peut-être dansune évaluation sommaire faite par Charles Benbrook (ancien secrétairede l’Académie des Sciences des EUA chargé de l’agronomie)qui estime entre 10.000 et 100.000 fois plus de Bt émis par un OGMque par les aspersions de Bt classiques.

      On en déduit que les chercheursdu secteur public ne se posent pas une question évidente qui pourraitmettre à mal l’image des OGM. Ce refus montre encore que le secteurpublic travaille à l’acceptabilité, à la promotionde la technique, quitte à négliger de se poser des questionsévidentes, sans pour autant que tous les scientifiques aient unintérêt financier. Ce n’est donc pas forcément l’intérêtfinancier qui les guide.

      Il a été objecté,y compris par des scientifiques, que ce M. Benbrook n’a pas fait mystèrede ce qu’il est opposé aux OGM et donc que l’on ne pourrait pasavoir confiance en lui. Cette objection est intéressante : elledonne un exemple de procès d’intention : si M. Benbrook a dit qu’ilétait opposé aux OGM, il ne faut plus l’écouter …Mais alors qui faut-il écouter ? Apparemment seulement ceux quiy sont favorables et qui, en tout cas, en font toute la journée et qui sont forcément honnêtes alors qu’un résistantaux OGM est forcément malhonnête ?

    5. Un maïs "résistant" ou "tolérant"à l’insecte ?
    Dans 95 % des cas, le maïs sus-décritest appelé "résistant" à la pyrale (le principal insectequi diminue le rendement du maïs). Pour comprendre la désinformationque véhicule cette expression (qu’on retrouve même chez lesrésistants aux OGM pourtant de bonne foi), prenons une image. Jesuis un maïs (!) et je me fais agresser par un insecte. Afin de medéfendre, je tue l’insecte et, devant mes juges (vous lecteur),je vais dire que je suis "résistant" à l’insecte alors queje l’ai tué ! Avec de telles règles, le nombre de criminelsdiminuerait certes … car on les aurait requalifiés de "résistantsaux agressions".

    Insistons sur le fait que des chercheursdu secteur privé comme du secteur public utilisent cette expression!

    Mais il y a plus !

    Dans 3 à 4 % des cas, on peut trouverl’appellation de "maïs tolérant à l’insecte" pour cemême maïs. Donc pour ces gens la tolérance désignele fait de tuer … Si ce n’est pas de la désinformation ! C’est ainsile cas sur le site ouaibe de Verneuil Semences (un semencier français): http://www.verneuil.com/bio/transg.htm.L’activiste politique post soixante-huitard m’objectera qu’une entreprisene poursuit que son intérêt …
    Je lui répondrais que cette expressionse trouve aussi sur le site de présentation d’un projet commun,INRA (secteur public)-CETIOM (groupement de producteur d’oléagineux): http://www3.integra.fr/ogm/version_fr/actualites/fiche.asp?numActualite=48.Ce même activiste, fort de ses réflexes et qui défendla recherche-pure-de-connaissance-comme-seule-lumière-de-l'Humanitépourra dire que c’est à cause des contrats qui lient le secteurpublic au secteur privé et engendrent des parties liées etdes conflits d’intérêts.

    Bien sûr cette objection n’est pasfausse. Mais je ne vois pas bien ce que pourrait objecter mon activisteau fait que cette expression se retrouve dans les rapports de la Commissiondu Génie Biomoléculaire (CGB) de 1997 (http://www.agriculture.gouv.fr/alim/ogm/comm/cgb97-ann7.htm),1998 (http://www.agriculture.gouv.fr/alim/ogm/comm/cgb98-ann6.htm).Cette CGB est l’émanation de l’Etat chargée d’étudierl’autorisation des OGM ! Si cette commission n’est pas indépendante,alors c’est l’Etat tout entier qu’il faut changer !

    Il y a plus fort encore puisque cette expression(particulièrement manipulatrice) se retrouve sur la page ouaibede présentation générale de la CGB (http://www.agriculture.gouv.fr/alim/part/cgbm.html),sur le site du ministère de l’agriculture ainsi que dans le communiquéde presse de la Commission de Biovigilance du 12 novembre 1999 (http://www.agriculture.gouv.fr/actu/doss/com121199.htm).

    Ces subtilités sémantiquessont-elles bien importantes ?

    Quand l’Agence chargée de l’environnementaux EUA (EPA) a souhaité désigner cet OGM par maïs-insecticide,les industriels ont poussé des cris d’orfraies et ont clairementdit que cela limiterait leurs ventes. Effectivement, j’envisage moins d’acheterun maïs-insecticide qu’un maïs "résistant" à l’insecte(voire "tolérant" à l’insecte !). C’est bien sûr làle but derrière cette propagande : l’acceptabilité de latechnique. Et celle-ci est également défendue par la recherchepublique (à qualesu exceptions près) qui n’envisage pas dequalifier cet OGM de maïs-insecticide. D’ailleurs, en France,une commission de l’INRA travaille à renommer Organismes GénétiquementAméliorés ces OGM qui étaient appelés au débutOrganismes Génétiquement Manipulés !

  4. Un produit d’OGM bactérien

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    L’hormone de croissance bovine (rBGH) estun produit miracle de la recherche en Sciences de la Vie. En injectantcette hormone produite par une bactérie recombinante à desvaches, on les fait produire environ 20% de lait en plus.

    Cette rBGH a été mise aupoint par le Dr M. Miller, de l’entreprise L. de Sciences de la Vie. LaFood and Drug Administration (FDA : l’organisme chargé d’autoriserles aliments nouveaux et médicaments) a eu la bonne idéed’embaucher le Dr Miller pour étudier cette hormone. On ne s’étonnerapas trop que le Dr Miller ait conseillé à la FDA d’autorisercette rBGH. Le Dr Miller avait bien vu que les vaches développaientde nombreuses maladies et avaient une espérance de vie réduite.Mais afin de ne pas freiner ce progrès de la Science et de la technologiemoderne, la FDA a accepté de multiplier par 100 ( !) les doses d’antibiotiquesadministrables aux pauvres vaches. Heureusement, le Dr Miller, aprèscet épisode à la FDA, a pu retrouver un travail … dans l’entrepriseL.

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là.Quand l’équivalent canadien de la FDA (Health Canada) a du examinercette rBGH, les scientifiques commis par Health Canada ont demandéd’avoir copie des détails de l’étude du Dr Miller, partiellementpubliée dans la revue Science ayant permis à la FDAd’autoriser rBGH.

    Au milieu de leur mission, ils ont publiéun article menaçant d’arrêter leurs travaux s’ils continuaientd’être les objets de pressions visant à leur faire demanderl’autorisation de l’hormone de croissance bovine ! Grâce àcet éclat, ils ont pu mener à bien leurs travaux et, surla base de l’étude de la FDA, ils ont demandé … le rejetde cette hormone en soulignant que l’étude du Dr Miller montraitun développement de cancers accru par l’hormone. Ce point avaitété négligé dans la publication scientifiquepubliée par une des plus prestigieuses revues scientifiques !

    L’organisme Health Canada a donc concluà … l’autorisation (oui : vous avez bien lu) de rBGH. Il a falluune forte pression médiatique pour que HC revienne sur sa position.

    Depuis, on a pu confirmer que cette rBGH,produit d’un OGM dernier cri de la technologie moderne induisait de nombreusesmaladies chez la vache et la synthèse d’une autre hormone (qui estla même que l’hormone humaine) IGF 1 dont il est prouvé qu’elleest cancérigène pour plus de 17 types de cancers.

    Et pourtant les EUA ont gagné devantl’OMC et ont fait condamner l’Europe à accepter cette rBGH !

    Si l’on doit résumer, on peut conclurequ’il ne faut avoir confiance ni dans la FDA ni dans l’OMC.

  6. Terminator

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    On peut brièvement décrireTerminator comme un brevet qui fait que les graines faites par les semencesvendues à un paysan seront stériles. L’objectif est ici deforcer les fermiers à devoir racheter les semences chaque annéeet donc à une dépendance économique.

    Ce brevet a été développépar des chercheurs du secteur public (!) américain en collaborationavec une entreprise de Sciences de la Vie.

    La première remarque est que lesSciences de la Vie travaillent à … stériliser la Vie !

    La seconde est que c’est le secteur publicqui aide les entreprises à ce projet de stérilisation.

    La troisième est que le vrai nomde Terminator est " control of plant gene expression " (technologie decontrôle de l’expression des gènes végétaux!). Un brevet qui stérilise est donc présenté commeun système de contrôle, ce qui est nettement plus "acceptable"! Ah, propagande, quand tu nous tiens …

    La quatrième est que Terminatorn’est pas une erreur de communication des Sciences de la Vie. Il existeactuellement environ une dizaine de brevets ayant le même but dansle monde. On nous dit parfois que la Science "pure" ne devrait pas êtremélangée avec la "seule" technique. C’est oublier que laScience, pure et parfaite, a pour vocation à être appliquée.Et dans une société industrielle et de marché, elleira là où les intérêts sont les plus forts.Je ne soutiens pas que la recherche soit motivée par le seul intérêt,mais quand le marché se jette sur une découverte "pure",ce sont les plus gros qui en profitent le plus. A son corps (partiellement)défendant, la recherche publique fondamentale travaille donc àrenforcer les plus puissants. De l’extérieur, tout se passe donccomme si elle était motivée par l’argent alors que les chercheursdu secteur public font valoir qu’au moins certains d’entre eux sont désintéressés.Leur défense est donc vraie, mais elle ne répond pas àla critique qui porte même si tous étaient désintéresséscar on ne peut pas séparer la recherche du monde dans lequel elleest ! On reviendra plus loin sur des tentatives d’explications.

    Une autre utilité de Terminatorserait, par la stérilisation, d’empêcher la disséminationdes transgènes des OGM. Bref, la technique essaie de pallier sespropres déficiences dans une fuite en avant qui l’amène àstériliser le vivant … On ne sait d’ailleurs pas si le gènetueur ne pourrait pas se disséminer sous forme désactivéeet se réactiver plus tard.

    Enfin, plusieurs pays ont déjàexpliqué qu’à l’avenir, l’"arme alimentaire" serait un outilpour la "paix mondiale". Si l’on traduit, cela signifie que ces pays envisagent,grâce à leur contrôle de la chaîne alimentairemondiale, d’affamer des populations si elles ne suivent pas les recommandationou ordres des puissants. La dépendance envers le semenciers seraitune arme puissante. En cas de guerre civile ou de révolution, onl’utiliserait pour arriver à la paix sans jamais se demander siles troubles politiques sont justes. C’est une forme d’assurance vie pourles dictateurs si ils arrivent à se présenter comme assurantla paix dans leur pays contre des "terroristes" puisqu’ils auront les puissantsoccidentaux avec eux contre le peuple !

  8. Une conclusion intermédiaire
Un discours simple consisterait à opposerles multinationales, l’argent, le profit, la puissance d’une part, àla recherche publique, le désintéressement, la connaissance,l’honnêteté d’autre part.

Ce manichéisme est clairement battuen brèche par les exemples qui précèdent. Bien sûrla présence (croissante) de contrats pour financer des projets,voire le fonctionnement, des laboratoires crée des conflits d’intérêtset fait planer un doute sur l’indépendance de l’expertise. Cet argumentest vrai, mais il n’est pas suffisant car, même avec une totale indépendancefinancière (c’est à dire des fonds à la mesure desdemandes et des rêves des chercheurs !), le monde à l’extérieurde la tour d’ivoire de la recherche continuera à se jeter sur lesdernières innovations qui pourront lui donner plus de pouvoir. Larecherche publique travaille donc, même si elle n’en a pas l’objectifconscient et même si certains le rejettent, à augmenterl’écart entre le plus puissant et le moins puissant. C’est vraipour les techniques qu’elle met au point, mais aussi pour les connaissances.Si celles-ci ne peuvent être acquises par un citoyen, que valent-elles? Ne sont-elles pas un facteur de perte de pouvoir pour le citoyen ? pourquoiles poursuit-on si ce n’est pour la seule satisfaction du chercheur etde l’honneur national ?

On peut également souligner quelquespoints concernant la " recherche pure " publique :

  • Les experts scientifiques essaient d’accaparerles décisions qui sont et doivent rester politiques. D’autorité,la Science veut se transformer en pouvoir. Ainsi, J. Samarut (Journal duCNRS oct. Nov. 2000), directeur de recherche en biologie moléculaireà Lyon, soutient " Il faut faire confiance aux chercheurs ". Lepire est que la demande populaire va aussi vers ces experts, … mêmesi cette demande va de pair avec une critique de ce système.
  • La Science fonctionne sur le principe de jugementpar les pairs (collègues du même domaine). Si ce principeétait transposé en politique, les politiques ne seraientjugés que par … les politiques ! Au XIX ème siècle,cette théorie eut son heure de gloire sous le nom de scientismeou positivisme. Pourtant, incidemment, la déclaration de J. Samaruttend à cet état de fait. On peut s’étonner de la voirresurgir alors qu’elle devrait être définitivement reléguéeaux oubliettes.
  • La recherche publique partage des valeursen commun avec l’industrie, ce qui rend inepte une séparation entreles deux :

  • ? Science et industrie raisonnent avecle paradigme mécaniste, même si les deux s’en défendent.C’est ainsi que L.M. Houdebine (éminent directeur de recherche del’INRA) dans son livre intitulé " Génie génétique: de l’animal à l’homme ? " (le génie génétiqueappliqué à l’homme est de l’eugénisme positif : mêmeles nazis ne l’ont pas fait !) écrit : " Pour un biologiste, lavie apparaît comme un ensemble de réactions chimiques extrêmementcomplexes ".
    ? L’industrie influence la façonde faire de la Science. Par exemple, l’organisation du travail telle quedéfinie au début de la révolution industrielle a étéprise en modèle par des scientifiques. Ainsi, Geof Bowker expliqueque le géologue du 19 ème siècle Lyell soutient que" l’économie politique de la révolution industrielle doitapparaître dans le "livre de la Nature", sinon la nature est irrationnelle" (in Eléments d’histoire des sciences Bordas, publiésous la direction de Michel Serres).
    ? L’augmentation de l’efficacité,de la productivité est un objectif pour les deux. On a vu l’exemplede l’hormone de croissance et l’aveuglement auquel peut donner lieu l’envied’augmenter la productivité, que ce soit pour de l’argent ou pourle prestige scientifique. On verra en conclusion un autre exemple plusparlant encore.
        1. Aspects juridiques
        En 1998, le Parlement européen a votéune directive (98 /44) qui force les états membres à transposerdans leur droit national la possibilité de brevets sur des organismesvivants ou leurs parties (gènes, …).

        La théorie juridique motive lesbrevets, au moins depuis le XVIII ème siècle, en disant qu’ilfaut protéger le petit inventeur contre le gros prédateuret rémunérer l’inventeur individuel afin de dynamiser larecherche.

        Cette théorie, qui peut semblerévidente, est contredite par plusieurs faits.

        1. Quand Marie et Pierre Curie ont découvertles applications de la radioactivité à la médecine,ils ont choisi de ne pas breveter justement pour que cette techniquesoit utilisée pour le bien commun. Ce refus d’appropriation a sauvédes vies !
        2. Si une invention est "protégée",alors son usage est limité. Donc les brevets vont limiter l’usageet la recherche. On pourrait objecter qu’il existe une exemption de recherchequi prévoit que les chercheurs n’ont pas l’obligation de payer desroyalties sur une technique brevetée si c’est pour leur recherche.L’humaniste bon teint s’arrête ici et oublie qu’alors le produitde la recherche ne pourra être utilisé sans le brevet quis’applique hors du laboratoire. En clair, les chercheurs ne sont pas ennuyés,mais les malades si ! Notons qu’une entreprise américaine a déposéun brevet sur une bactérie qui intervient dans la propagation dela méningite. Si l’on trouve un vaccin, il faudra lui verser desroyalties dont le surcoût peut rendre le vaccin économiquementnon faisable !
        3. Les brevets ne protègent plus le petitinventeur individuel contre le gros prédateur comme c’étaitle cas au XVIII ème siècle. L’invention n’étant plusle fait de petits, ils "protégeront" l’investisseur (le gros quireste prédateur) contre le moins gros. Ils sont donc devenus l’outild’une cartellisation des connaissances et de la concentration capitalistique.C’est ainsi qu’un petit semencier du sud-ouest a signé l’appel contreles brevets sur le vivant que nous relayons avec Ecoropa et ATTAC (cf.http://www.OGMdangers.org/brevets)justement parce qu’il est convaincu que ce sera un outil pour le dépecer.Comment pourrait-il résister dans un procès qui pourraitdurer 10 ans face aux avocats d’Aventis ? Sa seule solution serait de négocierle rachat de son entreprise. D’ailleurs, c’est bien l’effet qu’on a puconstater aux EUA, suite à la brevetabilité du vivant (quia commencé en 1980) puisque la concentration actuelle des semencierslui est concomitante (5 agrochimistes contrôlent 80% des semencescertifiées dans le monde)
        4. Une étude du MIT (cf. www.freepatents.org)a montré que l’institution de brevets sur les logiciels n’a pasaugmenté le dynamisme de cette industrie. De plus fort, les brevetsont restreint le partage des connaissances. Le bien-être commun adonc diminué ! Cela prouve que, le monde ayant changédepuis le XVIII ème siècle, les brevets renforcent les privilègeset monopoles des plus puissants et non le contraire.
        Enfin, la directive communautaire 98/44 parled’un " privilège de l’agriculteur " pour la possibilité (consubstantielleà la Vie) qu’a le paysan de garder des graines pour les ressemer.Ainsi, la propriété fondatrice de la vie (croître etse multiplier) est transformée en " privilège " ! En fait,les seuls vrais privilèges sont ceux qu’octroie la directive auxfuturs détenteurs de brevets et non aux paysans. Ici encore, lasémantique se met au service d’un pouvoir. Elle est propagande.Hélas, ce sont des institutions supra-nationales qui en sont levecteur et la critique entendue souvent des multinationales loupe une partiede l’enjeu politique.
        1. OGM et faim dans le monde
        Axel Kahn, ex-président de la CGB,et grand chercheur français a écrit : " les OGM permettrontde résoudre la faim dans le monde en respectant l’environnement" (Les échos 18 décembre 1997). On pourrait objecter de nombreuxarguments (cf. notre compte rendu de conférence-débat surce sujet). Retenons en quelques-uns :
        1. Le prix Nobel Amartya Sen a montréque la faim dans le monde n’est pas un problème de productivitémais de répartition de la propriété foncière,de dépendance économique, … Alors que la guerre sévissaiten Erythrée, des gens sont morts de faim. Mais dans le mêmetemps la région exportait du soja pour les porcs anglais. Augmenterla productivité ne ferait qu’enrichir l’exportateur sans nourrirle petit paysan.
        1. Génétique humaine

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          Les chercheurs (exclusivement du secteurpublic) nous vendent les thérapies géniques comme la solutionà presque toutes les maladies, dont le cancer, mais surtout pourles maladies orphelines.

          1. Les maladies orphelines

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            Au seul nom de maladies orphelines,onimagine la mort, qui laisse des orphelins démunis. Il faudrait êtreun être sans cœur pour ne pas s’en émouvoir.

            Mais que se cache-t-il derrièrece terme ?

            En fait, ces maladies sont appeléesorphelines car elles touchent très peu de personnes ! Donc on dépensedes centaines de millions de francs (les sommes issues de l’Etat en 2001seront de 500 millions de francs) pour sauver trois enfants (but louableen tant que tel !) quand les mêmes sommes pourraient sauver des dizainesde milliers de personnes. Et encore, au risque de paraître cynique,il ne s’agit pas de sauver des enfants de la faim dans les pays du Sud: ce sont des pauvres et nous n’avons aucun intérêt àles aider donc nous ne le faisons pas. Non, il s’agit bien de gens iciet maintenant qui meurent à cause de bactéries multirésistantes,… etc. Il serait ainsi possible de consacrer les mêmes sommes àl’éradication des antibiotiques dans l’alimentation animale, ousurveiller l’abus des antibiotiques, … pour sauver plus de personnes.

            Pourquoi donc cette mauvaise allocationde ressources ? Il ne peut qu’y avoir une autre motivation non explicitéeà ces thérapies géniques. Je vous en propose une :cette thérapie répond au fantasme mécaniste d’unesociété technicienne et industrielle. Elle est le symptômede cette société technicienne et mécaniste. Mais jecrains aussi qu’elle en soit la maladie. A force de banaliser ce jeu demécano de la vie, la Vie sera considérée (plus seulementpar les biologistes) comme une mécanique, comme " un ensemble deréactions chimiques ". L’image et la place de la Vie en seront diminuéepour tous. Même si quelques-uns auront été sauvés,on aurait pu choisir d’autres solutions qui auraient sauvé plusde personnes et qui n’auraient pas dévalorisé la place dela Vie. Or celle-ci est tout ce qui retient l’humanité avant deprocéder au clonage et à " l’ingénierie génétiquehumaine ", " dernier tabou " selon un éditorial du News Scientistdu 23 octobre 1999 !

          3. Comment être insensible àla douleur ?

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            On pourrait objecter que l’orateur ne connaîtpas la douleur de parents d’enfant myopathe. Et donc qu’il mépriseune grande douleur.

            Ce serait oublier que l’orateur n’est pasinsensible à la douleur puisque justement c’est ce qui le motiveà souhaiter une meilleure allocation des ressources pour soignerplus de personnes. La douleur est toujours infinie pour la personne quiperd un être cher. Mais le politique n’est pas là pour céderà la sensiblerie organisée par les médias et les scientifiques(fussent-ils du secteur public). Il est là pour assurer un bon devenirde la société. Il devrait donc s’attaquer aux maladies quitouchent plus de monde, ainsi qu’aux vraies causes de certaines maladies,comme le cancer, qui ont souvent une cause environnementale. Mais luttercontre les pollutions nécessiterait de lutter contre la machineéconomique. Donc on préfère laisser émettredes polluants et chercher des solutions techniciennes qui feront travaillerl’industrie chimique et assureront la croissance seule solution ànos sociétés essoufflées.

          5. D’éventuelles applications ?

          6.  

             
             
             

            Il est vrai que ces thérapies géniquesauront peut-être des retombées. Reprenons le but des chercheurs:

            Rappelons maintenant le but des chercheursdu secteur militaire qui travaillent sur de l’armement bactériologique(ils existent au moins en Angleterre, Israël, EUA, et Russie) :
             
             
             
             
             
             
             
             
             
             

            On le voit, la technique est la même.Et elle consiste notamment à faire des virus qui, comme le SIDA,contourneront le système immunitaire. Les risques potentiels sontsans limite. Attention, il ne faut pas en déduire que les chercheursen thérapies géniques travaillent à de l’armementbactériologique. Ce serait faux et stupide. Non, la réalitéest plus complexe. Dès que les chercheurs en thérapies géniquesauront mis au point leur technique, les chercheurs du secteur militairepourront l’utiliser. Il peut donc très bien ne pas y avoir d’intentionmilitaire pour les chercheurs publics. S’ils ignoraient cette identité,on pourrait ne pas leur en vouloir, mais ce serait dire qu’ils sont bienignorants de leur technique. En fait, ils disent que ce que la sociétéfait de leurs inventions ne les regarde pas. C’est instituer et défendrele principe de la tour d’ivoire qui protège le scientifique de touteréflexion et l’absout par avance. Mais c’est particulièrementirresponsable de leur part de se laver les mains à l’avance de touteaction, de tout essai de changer le monde : leur objectif est de garderleur jouet technique. De continuer à jouer à Dieu.

            Et les arguments les plus fallacieux, dansun monde où la sémantique et la propagande sont reines peuventêtre utilisées. Ainsi, Menzies Campbell (porte-parole pourles affaires de défense des libéraux-démocrates anglais)soutient que l’existence de régimes comme l’Irak, qui pourraientattaquer des forces anglaises (!) avec des armes chimiques, justifie de" prendre des précautions " en faisant des recherches sur les armesbiologiques (dépêche BBC du 26 août 1999). Ce qui montreque les Irakiens servent encore à quelque chose.

            On pourrait soutenir que cet armement "moderne"n’est pas encore techniquement faisable. Dans un rapport demandépar la British Medical Association (l’ordre des médecins anglais)qui représente les médecins britanniques, il est dit qu’alorsque " des armements biologiques qui cibleraient un groupe ethnique particulierne sont pas encore une possibilité pratique ", elle en préditl’existence " d’ici cinq à dix ans ". Voilà le futur quenous prépare la technique. Le pire est que quand on dit cela àM. Tambourin, directeur du génopôle, il répond que,de toute façon, qu’on le veuille ou non, ca se fera. C’est àdes remarques comme celles-là qu’on voit que si nous sommes dansune démocratie politique, celle-ci se superpose à une dictaturescientifique et technique. Que nous le voulions ou non, ce futur se fera.Avec ou sans nous.

          7. La perception de la maladie

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            Subrepticement, la génétiquehumaine est en train de tous nous transformer en malades potentiels, àcause de "mauvais gènes". L’imaginaire populaire intègredéjà la leçon des généticiens quandil dit " ce n’est pas ma faute, c’est la faute à mes gènes". Dans cet imaginaire, le gène est presque extérieur àl’être. On tente de séparer ce qu’on considère noble(l’esprit) de ce qui ne l’est pas ; l’aspect matériel de l’hommepar le biais de la génétique et de son support matériel: les gènes. A terme, on en arrivera à déresponsabiliserles gens comme le dit déjà, en souriant, la phrase citéeci-dessus ! Et cette métaphore mécaniste, qui met la maladieà l’extérieur de la vie, ouvre la voie à " l’ingénieriegénétique humaine ". Ne croyez pas que ce soit du catastrophisme.L’éditorial du News Scientist du 23 octobre 1999 s’en faisait déjàl’avocat, par la bouche d’un grand scientifique. Les nazis ne l’ont pasfait car ils n’avaient pas la technique. Notre société moderneet industrielle en rêve.

          9. Mise en perspective historique de latechnique
          Pour conclure cette partie, nous voudrionsmettre en perspective ces essais de thérapie génique, maisaussi toute la technique et même la seule connaissance dite pure.

          En août 1998, l’universitéd’Emory aux EUA publiait un communiqué pour expliquer que " pourla première fois, des chercheurs [Insel et Young] avaient transforméune souris asociale en une souris plus sociable par modification génétique". Ce communiqué très satisfait de chercheurs du secteurpublic américain expliquait que les souris manipulées étaitplus fidèle, et moins batailleuses (ce qui semble être lasociabilité pour eux). Ils qualifiaient eux-mêmes leur travailde " très important car virtuellement, toute forme de désordrepsychiatrique humain est caractérisé par des attachementssociaux anormaux ". Voir l’évocation d’une normalité et descritères moraux sous la plume (très sérieuse) de chercheurspeut faire frémir. Mais ce n’est pas tout car ils envisagent explicitementde faire des modifications génétiques d’humains ! Ils concluenten appelant de leurs vœux des progrès dans la connaissance scientifiquesur les attachements sociaux, puis se félicitent que de telles connaissancepuissent aider le traitement de l’autisme, de la schizophrénie etde la maladie d’Alzheimer. Young explique qu’il travaille à faireune souris plus gentille, plus sociale dans ce même texte.
           

          Ces chercheurs nous "vendent" donc cetterecherche, ces connaissances, en arguant qu’elles aideront à soignerune des maladies les plus médiatisées (Alzheimer). Supposonsque ce soit vrai. On s’aperçoit que cette recherche aura d’autresapplications que même les chercheurs envisagent, puisqu’ils préparentla possibilité de rendre les humains " plus sociaux ", de leur donnerun comportement plus " normal ". Cet aspect plus politique de la techniquen’est présenté que sous la forme "acceptable" de traiterles gens contre des " attachements sociaux anormaux ". Et les chercheurs,si on leur avait demandé, auraient repoussé la définitionde cette anormalité à la société … en s’enlavant les mains. Cette recherche, encore pure permettrait doncde traiter des humains si ils étaient " anormaux " au sens de celuiqui aura le pouvoir d’utiliser cette technique, c’est à dire lespuissants. Ou encore s’ils devenaient plus contestataires. On voit l’utilitéqu’y verraient notamment les pouvoirs politiques ! D’ailleurs, cette rechercheest financée par le National Institute of Mental Health (Institutde Santé Mentale américain) dont la vocation est la santémentale des humains.

          A coup sûr, dès que la rechercheaura accumulé toutes ces connaissances, on ne "risquera" plus devivre les troubles sociaux d’une révolution. Les paysans de 1789n’ont eu ni du pain ni de la brioche. A l’avenir on pourra les "améliorergénétiquement" pour diminuer les " attachements sociaux anormaux".

          Cet aspect politique (et d’autres) de latechnique qui accroît le pouvoir de ceux qui en ont déjà(ici le pouvoir politique) n’est jamais mentionné par les chercheurs,y compris du secteur public. Pourtant, si ils voulaient approvisionnerun débat sur leurs techniques, ils devraient nous ouvrir les yeuxégalement sur les conséquences négatives. Mais onvoit ici que même s’ils n’ont aucun intérêt de typefinancier, ils ont plusieurs intérêts autres (prestige, fascinationpour la Technique…).

        3. Conclusion
        Lors d’une conférence, un chercheurde l’INRA nous a expliqué qu’il travaillait à cloner desvaches pour qu’elles résistent à la maladie de la vache folle.

        Dans notre société, cetterecherche peut sembler bonne. Nous pensons pourtant qu’elle est mauvaisecar elle évacue les racines de cette maladie, qui sont politiques(le libéralisme peut tuer), économiques (on veut faire deséconomies, quitte à mettre des humains en dangers), ou philosophiques(si on ne voit plus la vache que comme une unité de production,la rendre carnivore ne pose pas de problème). L’INRA, en essayantde résoudre les problèmes posés par l’industrialisationde l’agriculture travaille à son acceptabilité. Elle faitqu’on ne se pose plus les questions radicales (au sens étymologique: radix, icis = racine) de comment on a pu en arriver à donnerde la viande aux vaches !

        Il nous semble que cette approche radicale(et non extrémiste) est la seule qui puisse redonner son sens àl’action citoyenne. Elle est très bien expliquée dans lelivre Les poules préfèrent les cages de Armand Farrachi(Albin Michel).

        Et si les OGM augmentaient la productivité?

        L’ACGA, syndicat de producteurs de maïsaméricain a expliqué que ce serait un mauvais argument enfaveur des OGM ! ! ! Ils expliquent que, comme la productivité augmentedepuis douze ans, la production augmente. La production augmentant, lesprix baissent. Les prix baissant, leur revenu baisse ! Ce qui fait qu’ilsn’ont pas envie d’augmenter la productivité et on peut les comprendre.

        Cet exemple montre bien que nos sociétés"développées", à courir après la hausse dela productivité sont peut-être en train de travailler àdiminuer la place de l’homme. Ce problème dépasse de loinles OGM. Seule une croissance sans limite pourrait nous sortir de ce mauvaispas. Est-elle soutenable ? Ne nous rapproche-t-elle pas d’un nouveau krachdû à la fuite en avant de la production, comme celui de 1929,mais mondialisé cette fois !

        Et si la technique allait contre l’humanité?

        Bill Joy est fondateur de Sun Microsystem(un des principaux concurrents de Microsoft). Il a créé notammentUNIX Berkeley et Java. Autant dire qu’il est du coté de la technique!

        Il a pourtant écrit un article pourexpliquer que les progrès de la Science moderne (il cite les modificationsgénétiques, les nanotechnologies, …) vont faire que la technique,en voulant améliorer l’efficacité de l’humain, envisagerade modifier génétiquement l’humain (l’expression du prixNobel J. Watson est " améliorer génétiquement l’espècehumaine "). Il explique que la Science, toujours pour améliorerl’efficacité, va implanter des puces électroniques dans lecerveau d’humains pour nous rendre meilleur à certaines tâches.Bien sûr, Bill Joy voit bien que ce n’est pas encore faisable. Maisil souligne que c’est ce à quoi l’on travaille, ce vers quoi l’ontend. D’ailleurs, c’est bien le sens de la théorie de la fin del’histoire de F. Fukuyama qui voit dans le développement de la techniqueet son croisement avec l’espèce humaine la fin de l’histoire humaineet le début d’une nouvelle ère ! D’autres, dans un passérécent et honteux, ont appelé de leurs vœux une nouvelleère pour une nouvelle humanité, mais la proximitédes thèses ne surprend pas les thuriféraires de la technique.

        Bill Joy conclut son article, aprèsavoir cité Théodor Kaczynski, en disant qu’il ne va pas arrêterses recherches. Mais qu’il en est à se dire qu’il aura peut-êtreà le faire, ce qu’il n’aurait jamais imaginé il y a seulement10 ans.

        Au risque de paraître pessimiste,je ne crois pas à la solution de Bill Joy. La technique a ceci detotalitaire que même si ce n’est pas lui qui le fait, ce sera sonfrère. Ce sera un autre. Peut-être moi !

        On l’a vu, la sémantique se metau service du pouvoir économique, du pouvoir des politiques (quise déchargent sur des comités d’experts d’une mission queles citoyens n’ont fait que leur déléguer), mais aussi dela Science, qui devrait être une autorité, mais qui s’érigelentement mais sûrement en pouvoir. Bref, dans des sociétésoù il faut grossir pour survivre, de nombreux pouvoirs sont prêtsà beaucoup d’approximations linguistiques pour survivre, et doncpour grossir. Mais l’homme, à qui la Cité devrait restercommensurable, reste de même taille. Il est donc noyé et iln’est pas étonnant, dès lors, qu’il se sente exclu de cesphénomènes de globalisation. Qui pourrait lui jeter la premièrepierre ?

        Hervé Le Meur

        OGM dangers T/F 01.43.73.49.49

        http://www.OGMdangers.org