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18 mars 1999
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Pour le terroirisme

by Donovan Bovix

Le procès qui s’est ouvert à Montpelliers le 8 février 2001 est l’occasion de discerner les tendances critiques existantes, d'élargir le débat aux finalités de lascience en général, de revenir sur la problématique liée aux "chimères génétiques".
 
 
 
 
Votre déshumanisation, vous la voulez nationale ou multinationale ?
Réflexions autour du procès ouvert le 8 février à Montpelliers
 
Le procès qui s’est ouvert à Montpelliers le 8 février 2001 est l’occasion de discerner les tendances critiques existantes, à savoir d’un côté la tendance Bové, liée à la Confédération Paysanne, qui aspire à un contrôle étatique “citoyen”, de l’autre la tendance minoritaire défendue par René Riesel, qui se cramponne à une critique sans concession de la civilisation industrielle, sur les traces de Theodore Caczynski.

Depuis 1997, la France a connu une douzaine de destructions de champs d’expérimentation de cultures transgéniques. C’est peu comparé aux septante “décontamintions” effectueés dans le laboratoire européen du néo-libéralisme (la Grande-Bretagne); c’est beaucoup comparé à l’unique saccage préventif réalisé en Belgique, où la densité de parcelles expérimentales est pourtant très élevée.

Depuis le démontage du Mac Donald’s de Millau, José Bové est devenu le symbole fédérateur d’un antimondialisme fourre-tout, stigmatisant un ennemi lointain (les USA, le néo-libéralisme mondial, les multinationales). Ce qu’on lui reproche, c’est de s’être emparé de cette action locale pour porter au niveau international une contestation cooptable, des revendications fédératrices déjà acquises par la majorité : la qualité de vie, la malbouffe, la spécifité française, une production industrielle mais française comme celle du Roquefort . Or, les destructions antérieures de champs transgéniques avaient amorcé une critique des véritables bases de dégradation physique et psychologique qui accablent l’homme : l’industrialisation de son existence, sa soumission au mode de vie dépendant imposé par la société du tout-technologique.

Jusqu’au 5 juin 1999, les dépollueurs français s’en étaient pris à des exploitations appartenant à des firmes privées : AgrEvo, Montsanto, Euralis Semence. La destruction des plants de riz transgénique expérimentés par le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), organisme public financé par l’État, marquait un nouveau pas dans la contestation. Jusque-là, dans les faits, on se contentait de fustiger la mondialisation néo-libérale, les multinationales. Ces nouveaux monstres d’envergure faisant passer l’État pour un gestionnaire potable, voire un organe salvateur, une structure providentielle, seule capable de réfréner les excès de ladite mondialisation.

En vérité, l’État ne fait qu’entériner le progrès, le légitimer, cautionner sa poursuite frénétique en se contentant de lui donner un visage “citoyen”, quand elle ne participe pas activement à son développement. S’agissant de chercheurs passant de la recherche publique à la recherche privée pour y faire fructifier leurs découvertes, inutile d’aller chercher très loin : le maître de recherche gantois van Montagu nous en a livré, chez nous, un exemple suffisamment évocateur.
En dernière analyse, recherche publique et recherche privée constituent deux manière de gérer notre aliénation à la technologie.

Le CIRAD ayant accepté de défendre publiquement le bien-fondé de ses activités, le procès fut l’occasion pour les inculpés d’énoncer leurs vues en inaugurant la séance par une lecture de textes d’une portée politique inouïe (celui de Riesel, consultable sur divers sites internet, est reproduit en ces pages??). Lors du procès, on pouvait se demander qui étaient les véritables inculpés, tant les représentants du CIRAD parurent hésitants, “pas droits dans leurs pompes”, “profil bas”, flous dans leurs réponses ou se dérobant carrément face aux questions des inculpés, qui donnèrent l’impression de maîtriser davantage le sujet (mieux que leurs avocats, aussi). Et on ne parle même pas de cet aveu d’un jeune chercheur prétendant que l’arrêt de l’expérience était prévu et que, dès lors, les dégâts immatériels invoqués par le CIRAD avaient perdu toute raison d’être.
 

La recherche scientifique

Notre époque compte beaucoup de scientifiques, mais peu de savants. Là où un Newton ne consacrait qu’un quart de son travail à la physique, s’attelant pour un quart à l’alchimie et le reste à des questions théologiques, le scientifique contemporain n’est la plupart du temps qu’un tâcheron, un fonctionnaire de la science, un chaînon dans une machine marchande qui tourne avide.
La recherche, qu’elle soit publique ou privée, est le reflet d’une civilisation où tout est compartimenté; où tout est spécialisé au mépris d’une vision d’ensemble.
Les “impératifs” économiques incitent à une recherche de l’efficacité immédiate au détriment de toute prudence. L’une comme l’autre cultivent une vision déterministe du monde sans envisager sa dynamique globale. Une conception d’un monde où chaque élément serait programmé et donc programmable, selon un schéma linéaire, logique, mécanique; suivant une causalité nette, cristalline, impitoyable. Contrôlable.
 

Le vivant, une dynamique complexe et insaisissable

Ce que négligent systématiquement les chercheurs d’équations simples et juteuses, c’est l’interactivité propre au vivant.
Pour polluer comme le font les complexes industriels dont nous constituons les rouages élémentaires, il est préférable d’oublier que la biosphère est un espace clos. Dans cette unique et immense “éprouvette”, tous les constituants sont en relation. Cette interactivité complexe peut transformer une substance qu’on croyait inoffensive en laboratoire en un élément nuisible. La complexité du vivant interdit tout pronostic, tout diagnostic. Les résultats partiels du décryptage du génome humain, révélés à la mi-février, viennent corroborer cette dimension nodale du problème.
Ce qui a surpris, à l’annonce des résutats, c’est le petit nombre de gènes transmettant l’hérédité chez l’homme. Certains en prédisaient 120.000, le décompte final donne 30.000. Ce que révèle ce chiffre, c’est que, loin d’être déterminée par un programme, la genèse de l’être humain est le résultat d’une cascade d’interactions entre les gènes eux-mêmes, ainsi qu’entre les gènes et les cellules qui les mettent en œuvre. Connaître le nombre de pièces et de cases du jeu d’échecs ne suffit pas à gagner la partie.

Les recettes-miracles escomptées sont remises à une ou deux décennies, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on découvre un nouveau degré de complexité. C’est que celle-ci réside dans une combinatoire en perpétuel variation, une dynamique insaisissable où l’on ne retrouve jamais deux fois les mêmes conditions. En changeant une seule lettre, on provoque des mutations en cascade, des répercussions en arborescence, induisant une nouvelle donne, créant un nouvel environnement. Ces répercussions sont aussi imprévisibles qu’irrattrapables. Qui peut garantir que tel gène modifié dans une perspective quasi-eugéniste (pour éviter telle maladie, pour augmenter telle capacité), ne provoquera pas d’autre dégâts colatéraux, des effets secondaires, une “externalité négative” ? Personne. Et certainement pas ceux qui escomptent des bénéfices colossaux. La sagesse exige que l’on stoppe immédiatement ces paris de savants fous aux conséquences irrémédiables.

Pour convaincre le public d’adhérer à quelque expérimentation à vocation strictement pécunière, il suffit de mettre en avant quelque avantage susceptible d’émouvoir le plus grand nombre. Sur ce plan, l’innocence-de-l’enfance-injustement-blessée peut se transformer en un redoutable instrument de propagande. Ainsi, au procès du CIRAD, les témoins de la partie civile évoquaient rarement les objectifs tiers-mondistes sans mettre en avant ces “jeunes enfants qui meurent de faim”, quand ils ne font pas venir à la barre une jeune chercheuse espagnole dont nos terroiristes en herbe auraient gâché l’avenir professionnel. Ce type de chantage à l’émotivité a été mis en œuvre à grande échelle dans la presse française, notamment dans Le Monde, vers la mi-février. Il s’agissait d’une réclame pour le pharmaco-généticien Adventis sur laquelle figurait un garçonnet mignon comme en fournissent les castings, présenté comme hémophile. Ses seules chances d’accéder à la même insouciance que ses petits camarades, nous expliquait-on, se trouvaient entre les mains du génie génétique d’Adventis. Conclusion tacite : ceux qui luttent contre les généticiens sont des bourreaux innommables.

Ce qui vaut pour l’homme vaut évidemment pour son environnement. Toute substance rejetée dans l’air, l’eau ou le sol modifie les conditions de vie. On en arrive à un point où les organo-chlorés et autres substances rejetées de façon désinvolte en viennent à menacer notre espèce, après en avoir éradiqué des centaines d’autres au fil d’une négligence coupable. A titre indicatif, le taux de spermatozoïdes dans le sperme humain a baissé de 50% en trente ans et un couple sur six peine à enfanter.

La génétique concernant le règne végétal ne peut respecter le principe de précaution qu’en mettant un terme à ses activités sur-le-champ. En effet : soit elle expérimente dans un espace clos, in vitro et les résultats ne sont pas valables car ils ne tiennent pas compte de l’interaction avec l’environnement de la biosphère; soit l’expérience a lieu “en plein champ”, c’est-à-dire dans la biosphère et son jeu inouï d’interactions et dans ce cas, il ne s’agit plus d’une expérience (les conditions initiales n’étant pas reproductibles) mais d’un acte irrévocable aux conséquences indéfinissables.

Le CIRAD avait programmé initialement de repiquer en Camargue du riz transgénique en entourant le champ “expérimental” de dispositifs destinés à éviter le dissémination. Dans le cadre de l’audience des témoins de la partie civile, même le président du conseil scientifique du CIRAD reconnut publiquement que le risque zéro ne pouvait être atteint.
Fallait-il attendre que des instances de contrôle étatiques et scientifiques mettent un terme à une attitude irresponsable qu’elle a elle-même cautionnée ?

Les enjeux de ce procès ne manqueront pas de nous concerner au plus haut point. En effet, suite à la destruction d’un champ d’expérimentation de Montsanto à Franc-Warée, près de Namur, il est probable que la multinationale pharmacologue Montsanto intente un procès à quelques-uns des deux cents insoumis qui s’étaient chargé d’appliquer pour de vrai le principe de précaution tant loué.

Un site retrace dans le détail cette campagne de prévention et une vidéo peut être commandée (www.sbb.collectifs.net).
 

“La fuite en avant qui résume l’histoire de la science” (Paul Galant )

A l’instar du cancer développant des cellules inutiles dont la prolifération finit par étouffer les cellules vitales, nos sociétés industrielles et marchandes suivent un funeste processus d’expansion. Aux nuisances que créent l’industrie ou la technologie, nos technocraties marchandes donnent des réponses industrielles ou technologiques. Au lieu d’annuler la source de la nuisance, à savoir la technologie créée (ordinateur, GSM, voiture), on préfère la maintenir en la corrigeant sur le plan industriel. Inutile de préciser que la logique du profit y est pour quelque chose dans cette aberration délétère.

Mais le pire, c’est que les individus ont à ce point intégré ce système délirant qu’ils refoulent tout bon sens, convaincus qu’ils sont de la nécessité de ces nouveautés qui créent emploi donc salaire donc samedi au camp de consommation donc bonheur tel qu’il est déterminé par la sémiocratie marchande. Le GSM (Gros Succès Marchand) illustre bien ce brouillage de l’entendement. L’État anglais l’interdit aux enfants; même les fabriquants commencent à prévenir l’usage. Tout individu s’accordant un temps de réflexion est donc à même de soupçonner les dangers pour la santé que présente un aimant puissant collé plusieurs minutes contre l’oreille. Au lieu d’interdire les portables, dont les nuisances sanitaires et sociales sont palpables, les opérateurs proposent des gadgets censés protéger des ondes magnétiques. Bien entendu, ils ont pris soin de stipuler, en bas du contrat d’achat et en très petit, que l’entreprise déclinait toute responsabilité en cas de nuisances occasionnées par l’appareil. Cette prudence financière nous rappelle le refus des compagnies d’assurances de couvrir les dégâts environnementaux que la recherche génétique induira si on la laisse faire.

Combien d’amiantes alimentaires nous faudra-t-il encore, avant de débrancher la machine ? L’avenir nous le dira. Si on lui en laisse l’occasion.
 
 

Les amis du bon sens
 


 
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