D’un chasteau de carteà un chasteau branlant
le génie génétiquedans notre alimentation
Sébastien Denys -janvier 2000
A. Table des matières<<On appellechasteaude carte, une maison fort enjolivée, qui paraît beaucoup,et qui est en effet peu de chose.>>
<<On appelle aussichasteaubranlant, une chose qui n’est pas appuyée sur de bons fondements,qui n’est pas ferme, qui menace de ruine.>>
Furetière, Dictionnaireuniversel, cité en exergue de Remarques sur l’agriculturegénétiquement modifiée et la dégradation desespèces, éditions de l’encyclopédie des nuisances,Paris 1999.
A. Table des matières
C. Élémentd’un débat politico-économique sur le génie génétiqueen agriculture
1. Le citoyen estcelui à qui on dit “il faut”, et qui finit par acceptera. Un passéqui pèse beaucoup2. Brevets, sécuritéalimentaire et enjeux économique
b. <<Le débatconstitue le cadre privilégié de l’épanchement citoyen>>
c. Il n’y a pas de “demandesociale” pour les OGM
d. Le noeud de collusionqui entoure les OGM
e. Manque de transparence,incohérence, mensonge, manipulation, fraude...a. Du droit de propriétécommune à une appropriation par les multinationales3. Le génie génétique,un nouvel eldorado pour l’emploi ?
b. La stérilisationdu vivant, moteur des “sciences de la vie”
c. Sécuritéalimentaire et “faim dans le monde”a. Non, c’est misersur un mauvais cheval
D. Ce quenous disent les éthiciensE. Ce que nousen disent les écologistes
1. Le géniegénétique, un cas particulier ?F. Conclusion2. Gestion du risque
3. Effets imprévisibles:risques inconnus et question en suspens
a. Déchetde génome et tare scientifique4. Risques des aliments OGMsur la santé de l’homme
b. Lors des contrôlede sécurité on ne trouve que ce que l’on cherche
c. De nombreux “accidents”se produisent5. Risques pour l’environementset la biodiversité
1. La fronde contrele meilleur des mondes transgéniquesB.Introduction :2. La débâclecommence...
Le débat sur les organismesgénétiquements modifiés est complexe. Mais cette complexitéprovient davantage de la diversité des implications et des domainesconcerné que de prétendus problèmes techniques qui,en réalité, masquent plus les questions qu’ils ne les résolvent.Le génie génétique a ses prophètes. Axel kahn1,qui pratique un prosélytisme effréné, est l’un d’eux.Ses prophéties - forcément inéluctable - ne sont enfait qu’une variante de la présentation classique de toute nouveauté,censé répondre à notre nature profonde, à sonbesoin de savoir (mythe de la connaissance), de prédire (mythe dudevin), de transformer (mythe du magicien) et enfin, de créer (mytheprométhéen du pouvoir de création). Loin de ces prophéties,le génie génétique est une technique, c’est le géniedu génie civil, qui permet d’isoler, d’étudier, de modifieret/ou de transformer le génôme. Celui-ci, appelé aussiADN2, est un enchaînement degènes, l’hélice dont l’image nous est familière, quiest présente chez tous les êtres vivants. D’autres termessont utilisés selon que l’on privilégie l’aspect positif(amélioration génétique) ou négatif (manipulationgénétique); Parfois on trouve “génétiquementcontaminé” associé à “génétiquementpollué”. Pour notre part, nous utiliserons le terme “modificationgénétique”, neutre, ainsi que le terme d’usage courant “organismegénétiquement modifié (OGM)”. Un OGM est un <<micro-organismeou organisme génétiquement modifié dont le matérielgénétique a été modifié d’une manièrequi ne se produit pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaisonnaturelle3>>. Les termes de “pollutiongénétique” seront utilisés pour traiter du risquede dissémination et de prolifération dans l’environnement.
Les OGM interviennentdans les secteurs suivants4 :
1. Le génie génétiqueest utilisé dans l’alimentation. Dans l’agriculture, des plantessont modifiées génétiquement pour être toléranteaux herbicides, pour produire des pesticides et pour accroître lerendement. La recherche va vers une proction agricole en laboratoires utilisantdes bactérie modifiée génétiquement.
2. Des enzymes utilisésdans l’industrie alimentaire, en incluant le“rennet” utilisé dansla production de fromage, sont aussi disponibles sous une forme modifiéeet sont d’un usage répandu. On fait des recherches concernant lesenzymes utilisés dans la fabrication du pain, de la bière.Les chercheurs ont modifié génétiquement certainesmaladies portées par des insectes, afin de détruire leurpotentiel nuisible. D’autres insectes sont modifié pour en fairedes prédateurs d’espèces nuisibles. Pour le développementd’animaux de boucherie moins gras, par exemple, une combinaison de géniegénétique et de clonage est centrale. Les poissons sont modifiésgénétiquement pour augmenter leur taille et la vitesse deleur croissance.
3. Les alicaments et nutraceutiques,produits à mit chemin entre le médicament et l’aliment, dontl’utilisation est envisagée aussi bien pour l’alimentation industrielledu Centre (modification de certaines caractéristiques des aliments,teneur en cholestérol, vitamines...) et des périphéries(banane à vacciner). Certaines “carences” génétiquesde populations dont le patrimoine est plus ou moins homogène, pourraitêtre “soignées” de cette manière.
4. Des animaux génétiquementmodifiés sont élevés comme des usines vivantes pourla production de produits pharmaceutiques et comme source d’organes pourla transplantation sur des humains. (Les nouveaux animaux créesau moyen du processus de transfert de gènes croisé entreles espèces sont appelée “xénographes”. La transplantationd’organe entre les espèces est appelée “xénotransplantation”.)Beaucoup de produits pharmaceutiques, comme l’insuline, sont déjàmodifiés génétiquement en laboratoire. La peau humainea été modifié génétiquement et bientôton espèr faire de même avec des organes entiers et d’autresparties du corps. Le dépistage génétique est utilisépour détecter certaines situation héréditaires. Enattendant de pouvoir corriger le patrimoine génétique, larecherche travaille sur des thérapies géniques5.D’autres recherches se centrent sur les techniques de modification génétiquesdirectement dans l’embryon humain. Plus récemment, des recherchesse sont aussi développées pour combiner le clonage et legénie génétique. Enfin, dans la “thérapie germline”,les changement génétique sont transmis de générationen génération et sont permanentes.
5. Dans l’industrie minière,des organismes génétiquement modifiés ont étédéveloppé pour extraire de l’or, du cuivre, etc. des substancesau sein desquelles ils sont présent. Ces nouveaux organismes peuventvivre quelques jours dans le gaz méthane, mortel pour les mineurs.Depuis, d’autres organismes ont été modifié pour nettoyerles nappes de pétrole, pour neutraliser de dangereux polluants,et pour absorber de la radioactivité. Des bactéries modifiéegénétiquement sont développées pour transformerles déchets en éthanol destiné à la productiond’essence. Des plantes transformées en usine chimique sont promisesà un bel avenir commercial. Des plastiques organiques sont déjàproduit de cette manière. Les enzymes des produits à lessiverpeuvent être produits par génie génétique etdes recherches sont effectuées pour améliorer les qualitéindustrielle des arbres, en l’occurence les peupliers.
Les applications semblentà première vue nombreuses, à tel point qu’on assisteà un véritable engouement pour cette technologie. J. Delors,en 1993, dans son Livre blanc sur la croissance et l’emploi, y voyaitun élément important d’une politique de croissance et ungisement d’emploi prometteur. Ce point de vue pragmatico-productivisteservira de cadre théorique à la révision de la directiveeuropéenne adoptée en 1991 sur cette question. Dans son dernierouvrage, Jeremy Rifkin6 nous met engarde contre Le siècle biotech, tandis que Fr. Fukuyama7y voit l’inéluctable naissance, après l’ère industriellede la maîtrise de la physique, d’une nouvelle ère, fruit dela fusion entre la biologie et l’informatique. Remarquons que pour Rifkin,cette nouvelles ère se construirait sur la fusion de la biologieet de l’informatique, auxquelles il y ajoute la chimie, ce qui ne serapas sans conséquence.Nous n’aborderons pas l’ensemblede ces promesses afin de nous centrer, malgré certains détours,sur ce qui est destiné à notre alimentation. Einstein disaitdéjà que pour évaluer la pratique d’un scientifique<<ilne faut pas se fier à ce qu’il dit qu’il fait, mais regarder àce qu’il fait>>. En confrontant les discours et la réalitéqui depuis deux ans se met en place, nous envisagerons, pour commencer,les aspects politiques et économiques du débat public, avecune attention particulière pour la dimension belge. Nous continueronspar les aspects éthiques et moraux, pour terminer par la questiondu risque lié à la dissémination volontaire d’OGM,dernière question abordée, car son utilisation est ambiguëdans le débat. En effet, parler des risques revient souvent àdissimuler les problèmes sous un masque technique, pratique danslaquelle excelle les “agences en relations publiques” Mises à contribution,pour contrer les réactions de rejet des OGM, elles ont forgéle terme de “biovigilance” à cet effet. Il répond àmerveille aux arguments des opposants qui tiennent un discours catastrophiste,vite décrié comme “fondamentalisme écologique” Danscette posture dénonciatrice “preuve” à la main ils font allégeanceà la même idéologie technicienne. Aborder de manièretechnique le problème revient à passer à côtéde la vraie question: le citoyen, le consommateur sont-ils forcésd’accepter une technologie dont ils ne veulent pas ? Pour les tenants dugénie génétique il faut augmenter l’”acceptabilité”de ces techniques. Notion venant probablement aussi de nos marchands d’imagepublique, qui est une ignominie quel que soit le point de vue. En réalité,la question centrale est d’identifier les acteurs et les demande en présenceafin de pouvoir évaluer les arguments. Autrement dit: <<quiveut quoi ?8>>.
C. Élémentsd’un débat politico-économique sur le génie génétiqueen agriculture
Des opposants à uneconférence9 sur le géniegénétique affirment que l’introduction du génie génétiquedans l’agriculture participe d’un mouvement mondial de recul de la souverainetéet de dépendance accrue des périphéries vis-à-visdu Centre, des paysans vis-à-vis de l’industrie agro-alimentaires,des citoyens vis-à-vis des marchés, de la politique vis-à-visde l’économie. Pour eux, <<il s’agit non d’un débat,mais d’un apparté entre des industries influentes et la Commissioneuropéenne>>.
1. Le citoyen est celuià qui on dit “il faut”, et qui finit par accepter
a. Un passé quipèse lourd
Toute discussion, lorsqu’elleest engagée par les partisans du génie génétique,commence presque toujours par l’évocation du péchéoriginel de la biologie humaine: la collusion initiale avec l’eugénisme,qui avait permis au début du siècle - parfois jusque dansles années 60 - des pratiques peu reluisantes, telles la castrationet/ou la lobotomie forcées de personnes dont le patrimoine génétiqueétait considéré comme “dégénéré”.La découverte du code génétique de l’homme raviveraitces craintes. Pour les défenseurs du génie génétique,semblable rappel est destiné à démarquer le géniegénétique des pratiques antérieurs. Les adversaireseux y voit la justification du rôle des comités d’éthique.Quant à Axel Kahn l’histoire permet d’expliquer les réticencesdes peuples du Nord de l’Europe qui seraient plu que d’autres traumatiséspar les exactions nazies. Si l’opposition à cette technique s’estd’abord développée dans ces pays, il me semble plus crédiblede l’attribuer à la plus grande attention portée aux thèmesenvironnementaux dans le débat public qu’à un hypothétiquesentiment diffus de malaise dont l’origine remonte au dernier conflit mondial.De toutes façons, depuis lors l’opposition s’est largement répandue.
On évoque égalementle passé des industrie de la chimie, singulièrement dansun dossier du magazine The Ecologist10sur Monsanto. Cette compagnie a vendu, en 1997, ses activités dansle secteur de la chimie pour se profiler une nouvelle image11dans le secteur des “sciences de la vie”. Elle fut impliquée dansune des premières et des plus graves pollutions chimiques, au Etats-Unis,puis s’est illustrée en étant un des fournisseurs de l’“agentorange12”,massivement répandu sur le Viêt-Nam13.Elle fut ensuite célèbre pour avoir été l’inventeurde l’herbicide le plus vendu au monde, le Roundup, deuxième responsablede maladie professionnelle agricole. Ceci témoigne du peu d’empressementde cette multinationale “des sciences de la vie” à respecter lavie de ses employés, de la population ou de la terre, de sa constancedans le mensonge, la manipulation, la fraude et le contournement systématiquedes règles de sécurité. Après un procèsoù Monsanto est accusé d’avoir délibérémentvendu du Santofen, un désinfectant vendu sous le nom de Lysol etcontenant du PCB, le Globe and Mail de Toronto commente: <<Ladéposition des cadres de Monsanto trahissait une culture d’entreprisequi se soucie moins de la sécurité des produits et des employésque des ventes et des profits14>>.
Dans ce débat, unautre délire scientiste est également mis en avant: le nucléaire.Le lien est la notion de “risque diffus”, mais ces analyses font perdreau nucléaire son statut de “risque suprême”. Une pollutionde gènes ne se voit pas et ne se perçoit pas, invisibilitéqu’elle partage avec la contamination nucléaire, mais de plus ellene peut être “confinée”. D’autres aspects leur sont commun,la figure du “contrôleur contrôlé” et les questionsliées au processus de mise en oeuvre, donc à la citoyenneté,au débat, et à la transparence.
b. <<Le débatconstitue le cadre privilégié de l’épanchement citoyen15>>
Afin de soutenir leur imagepublique les principales compagnies du “complexe génético-industriel”16financent et organisent, directement ou indirectement, nombre de débatspublics, conférences, séminaires, publications... Le faitque ces débats s’adressent au “public” est souvent des plus contestables,lorsque on sait que, par exemple, le prix de l’inscription lors de la dernièregrande messe du génie génétique à Bruxellesle 18 mars, était de 25.000 Fb, ce qui ne permet pas forcémentla prise en compte d’une opinion différente. Chez nous, Europabio,le plus actif de ces groupes de pression, est financé par les principalescompagnies ayant des intérêts dans ce secteur (pour n’en citerque quelque unes, Bayer, Cargill, Danone, Monsanto, Rhône-Poulenc...,et 600 de leurs collègues17).
Avant de nous pencher surla teneur actuelle des arguments, remarquons que, il n’y a pas si longtemps,il n’existait, à proprement parler, pas de débat. Nous verronsque si depuis 197418 les risques potentielsétaient connus et l’exigence de confinement posée, la communautéscientifique n’a pas jugé utile d’informer le grand public. Pourquoil’inquiéter ? Ainsi, en 1992, Claudio Pessi19,dénonce quatre postulats qui constituent, selon lui, le discourstenu par la majorité de la communauté scientifique et deleurs porte-paroles. Premier postulat, <<le génie génétiqueest une science très complexe où, seuls, les quinze chercheursspécialisés comprennent de quoi ils parlent>>. Deuxièmepostulat, <<la population s’inquiète de cette science,il ne faut donc pas en parler>>. Troisième, <<la recherchetravaille dans l’urgence, chaque jour à son importance dans la luttepour le dépôt des brevets>>. Et enfin, quatrièmepostulat, <<quiconque souhaite un débat sur le contrôledu génie génétique, veut en fait, la mort de cettescience.>> Ces postulats, que nous retrouverons chez les concepteursdu Génoplante (voir infra), forment encore trop souvent la tramedu débat actuel.
Au-delà de l’argumentmaintes fois répété par le complexe génético-industrielque <<les OGM aideront à fournir une sécuritéalimentaire globale et offrent d’important bénéfices environnementaux20>>,le contexte critique de ces dernière années à amenerun recentrage de la communication. Une premiere notion désormaismise en avant est la “biovigilance” face aux risques évoquéspar les opposants, réponse qui relève de l’essence du totalitarismetechnologique qui consiste à substituer aux choix d’ordre politiquedes solutions techniques. Cette manière d’envisager l’ensemble desaspects de la vie humaine gèle toute imagination en faisant croireque plus rien d’autre que des solutions techniques, des palliatifs, desprothèses n’est possible. Nous verrons que la biovigilance, ici,consiste à s’abstenir de disséminer et non de définirtel ou telle mesure de gestion.
La seconde notion est l’<<améliorationde l’acceptabilité>> qui doit permettre de faire face aux critiques.A ce congrès que nous venons d’évoquer, un des quatre panelétait consacré à <<améliorer la compréhensiondu public>>, étant sous entendu que le refus du public vientde son ignorance. Un rapport révélé par Greenpeacemontre que <<Monsanto estime devoir convaincre la classe socio-économiquesupérieure, ainsi que l’élite politique et les médias.L’opposition doit être “gérée” par un complémentd’information et une plus grande sensibilisation. Ou -ce qui est plus sinistre-par l’infiltration de produits manipulés dans les rayons des supermarchés,c’est-à-dire dans notre alimentation21.>>Et de fait, à part des déclarations d’intention, vaines etsans fondement, du type de celle citée plus haut sur la sécuritéalimentaire et l’environnement, on ne trouve pas grand-chose dans ces fameusesconférences publiques, rien en tout cas qui s’adresse à l’intelligencede l’“interlocuteur”. On pourrait affirmer que le génie génétiqueaugmentera la productivité agricole, encore que ce soit discutable,mais sûrement pas <<(qu’il fournira) une sécuritéalimentaire globale>>. Comment croire des compagnies qui affirmentque les OGM <<offrent d’importants bénéfices environnementaux>>alors que presque tous les OGM mis sur le marché sont modifiésafin de tolérer un herbicide, vendu sous la forme de kit semence-désherbant-pesticide? On verra ainsi Monsanto développer une gamme complète deproduit Roundup Ready tolérant au Roundup22.Il faut savoir que le brevet sur cet herbicide, principale source de profitde la compagnie, tombe dans le domaine public dans le courant de l’année2000. Ce que l’on essaye de nous présenter comme bénéficesenvironnementaux a comme visée d’augmenter les quantitésd’intrants vendus et comme conséquence d’augmenter d’autant lesdégâts environnementaux, sans compter les pollutions de gènestoujours possible. En fait de débat, c’est de matraquage publicitairequ’il s’agit.
Qualifié de <<cadreprivilégié de l’épanchement citoyen>> tant dans nossociétés, sur le modèle des relations sociales “post-fordistes”qui dit participation pour mieux exclure, le débat manifeste unevolonté d’inclusion du public, tout en participant, de fait, àson éviction. <<Il met en scène le citoyen, quise plaît à s’imaginer engagé, mais qui est en faitl’homme de l’irrésolution. Constamment perdu lorsqu’il est questiond'asseoir son choix en quelques matières d’importance que ce soit,il est l’homme des inquiétudes jamais dépassées23>>.Ledéputé Français Le Déaut, ex-présidentde l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, ledésigne avec la plus grande satisfactiondé du terme de “candide”Il organisa, en juin 1998, la Conférence des citoyens sur les OGMdu Parlement français24. Cetteconférence a été amenée à répondreà des questions très orientées, une semaine aprèsque la décision fut prise, la vidant des lors de son sens. Quoiqu’enpense les procéduralistes habermassiens le citoyen n’intervientle plus souvent que pour valider des choix et des questionnement préétablis.Il y eu une autre de ces initiatives citoyennes, la votation en Suissevisant à limiter la recherche sur les manipulations génétiqueset les cultures d’OGM. Pierre Calame, qui analyse ce “référendumd’initiative populaire” en tire la conclusion que <<la scienceéchappe de plus en plus radicalement à l’appréciationet au contrôle des citoyens>>. <<Ainsi au moment oùtriomphe du moins en apparence, la démocratie à l’occidentale,une autre évolution s’opère en sous-main: la démocratieelle-même se trouve vidée de son sens25>>.c. Il n’y a pas de “demandesociale” pour les OGM
On ne peut pas justifierune demande sociale pour les OGM, et pour cause, les études parsondage indiquent une grande circonspection du public à ce sujet.Une étude commandée par la Commission européenne26,montre que moins de 50 % des personnes interrogées sont favorablesaux OGM, avec des pics plus importants de rejet dans certains pays. Desétudes de ce type abondent, certes souvent ambiguës lorsquel’on croise les réponses. Doit-on en blâmer le public quirépond ou les instituts de sondages qui posent les questions ? Cerejet ne fait qu’augmenter comme le confirme un rapport interne commandépar Monsanto au consultant Stanley Greenberg. Il confirme l’<<effondrementdu soutien du public britanique à l’égard des aliments génétiquementsmodifiés. Le nombre de gens déclarant ces produits inacceptables“à grimpé en flèche”, et l’opinion publique “est devenueconsidérablement plus négative”27>>.Si l’on en croit les “lois” économique qui nous enseignent que lemarché est le lieu où s’équilibrent l’offre et lademande, ce devrait être suffisant pour remettre en question ce projet.En effet, où est la demande ? Il n’y en a pas.
Autre argument évoquéafin d'asseoir la légitimité des OGM : la justification parle secteur médical. Le troisième panel du congrèsdont nous avons déjà parlé s’intitule <<améliorerla santé publique>>. Outre que dans ce secteur aussi, beaucoupde réticences éthiques et politiques s’expriment, l’appelà cet argument permet de détourner la question des enjeuxdu débat dans le secteur de l’alimentation. De plus, il semble peuprobable qu’aucune technique médicale, fusse-t-elle génétique,améliore par elle-même sensiblement la santé publiqueou la qualité de la vie. C’est à nouveau une mauvaise réponse(technique) à une question mal posée, les affirmations proféréesdans ce domaine étant de l’ordre de la déclaration d’intention.Il n’en reste pas moins que cette béquille fonctionne plus ou moins:les opposants aux OGM ont plutôt tendance à marquer leur accorden ce qui concerne le secteur médical, ce qui aboutit à unereconnaissance implicite de la nécessité de la technologiegénique, et donc des OGM.
d. Le noeud de collusionqui entoure les OGM
Il devient de plus en plusimprobable pour la société de bénéficier d’uneinformation correcte en ce domaine; en effet la mainmise des multinationalesdu complexe génético-industriel sur la recherche publique,des “experts”, des administrations publiques de contrôle et du discourspolitique, est quasi total. Les quinze chercheurs spécialiséesévoqués plus haut, non contents de vouer un profond méprisà leurs concitoyens, cumulent un nombre impressionnant de casquettes:ils sont professeurs et/ou directeurs de recherche dans une université,membres d’une kyrielle de comités consultatifs, d’éthiqueou autre, public ou privé, et enfin ils occupent souvent des placesde choix dans l’organigramme des entreprises du complexe génético-industriel.Ainsi, en France, Axel Kahn, véritable “potentat” dans ce domaine,ancien président-directeur général de l’Institut nationalde recherche agronomique (INRA), se flattait, en 1986, d’être membredes conseils d’administration de Rhône-Poulenc, de l’Entreprise minièreet chimique et de la Société commerciale des potasses d’Alsaceet de l’azote. Ancien président de la Commission du géniebiomoléculaire de 1988 à 1997, il est par ailleurs membredu Comité national consultatif d’éthique, et directeur adjointdes sciences de la vie chez Rhône-Poulenc (devenue Aventis depuissa fusion avec Hoechst). Il affirme sans ambage et à l’unisson deses employeurs: <<les OGM permettront de nourrir la planèteen respectant l’environnement28>>.Le directeur-général actuel de l’INRA, organisme public derecherche, Guy Pallotin, siègeait (1989-1994) au conseil d’administrationde Rhône-Poulenc. Ces deux personne interviennent fréquemmentsur la scène publique: selon les besoins, ils seront chercheur,“expert” ou industriel. En Belgique, le cas le plus flagrant est celuidu professeur Marc Van Montagu. Celui-ci, jeune doctorant à l’universitéde Gand, a participé activement à la recherche, pionnièreà l’époque, sur le génie génétique.Il fut le premier à obtenir l’expression d’un gène étrangerdans un végétal à la suite de quoi il créePlant Genetic System (PGS), une de ces sociétés chargéesde mettre en valeur la recherche des universités sur le marché.Il est, maintenant, directeur scientifique du département de génétiqueà l’Institut interuniversitaire de Flandre pour la biotechnologie,titre sous lequel il intervient29pour nous indiquer que grâce au génie génétiquela pollution sera endiguée et que les plantes génétiquementmodifiées apporteront une solution à la famine et àla surpopulation. L’opposition est, selon lui, le fait d’écologistesirrationnels et rétrogrades.
Les scientifiques ne sontpas les seuls responsables. En effet, la recherche publique, depuis l’austéritéet les coupes claires dans les budgets de l’enseignement, doit, paraît-il,s’adapter à son environnement concurrentiel. On ne parle plus quede partenariat stratégique entre les universités et les entreprises.Le projet Génoplante est à cet égard révélateur.Cette plate-forme destinée à répartir les investissementsde recherche dans ce domaine est financé à 70 % par de l’argentpublic, tandis que ce sont les acteurs privés du projet qui disposede la majorité dans les instances décisionnelles: le “comitéstratégique“ du projet est constitué du directeur de l’INRA,membre du conseil d’administration de Rhône-Poulenc Agrochimie de1989 à 1994, du directeur général de Rhône-PoulencAgrochimie, et du président du semencier Limagrain. Il a comme objectifde permettre <<le développement, la défense et lavalorisation d’une forte propriété industrielle30>>.Les chercheurs sont désormais évalués à l’aunede leur capacité à faire valoir l'intérêt deleurs recherches auprès des opérateurs privé, et àcapter leurs capitaux. Ceux qui en avaient la possibilité n’ontpas manqué de le faire. Dans le secteur du génie génétique,ce fut possible, au-delà du raisonnable même, tant les promesseset les espoirs étaient grands. Le manque de transparence est total:une étude montre qu’un tiers des auteurs principaux d’articles publiésdans quatorze journaux de biologie moléculaire, biomoléculaireet médicale américains ont des intérêts financiersdirects dans la recherche qu’ils exposent, si bien que certaines revuesdemandent maintenant aux chercheurs de préciser leurs intérêtspersonnels dans les entreprises et leurs sources de financement31.Désormais, trouver un chercheur “indépendant” dans un laboratoire“indépendant” relève de la gageure. Le génie génétiqueest un de ces secteurs, comme le nucléaire, où les laboratoiresdes uns et des autres sont intimement intriqués. La configurationest celle-ci, d’un côté, des laboratoire indépendants...du bien public, et de l’autre, des laboratoires publics, dépendants.Pour attirer l’attention sur d’éventuelles dérives, noussommes à la merci de chercheurs isolés, dont l’abnégationle dispute à l’attachement qu’ils portent à leur cause, cequi suffit souvent à les discréditer. Ce n’est pas sans conséquences,pour une société dont le premier réflexe, en cas dedoute, est de se réfugier dans le recours technique aux “expertsindépendants”.
Un brouillard de collusionqui, s’il n’est donc pas propre au génie génétique,fait que les considérations prises en compte sont rarement cellesde l’intérêt du citoyen, mais bien celles de quelques compagniesmultinationales dont l’activité a comme conséquence cyniquementassumée de détruire chaque jour un peu plus notre terre etnos conditions de vie. Depuis nos déboire dioxinés, on évoqueà tout bout de champ, l’”exemple” américain de la Food andDrug Administration. Lorsque l’on se penche un peu plus sur cet organisme,on constate que le ballet y est des plus intense entre les fonctions dirigeantesd’une société comme Monsanto32,l’honorable institution et l'organigramme des cabinets ministérielsaméricains. Il est dés lors fort peu probable que cet organismepublic de contrôle des aliments et des médicaments ou le pouvoirpolitique ne mettent des bâtons dans les roues de la multinationale.Outre cette confusion totale d’intêrets un lobbying politique intensedonne l’avantage aux entreprises chimiques.
e. Manque de transparence,incohérence, mensonge, manipulation, fraude...
Et comme s’il ne suffisaitpas que la recherche publique soit asservie aux raisons supérieurede l’entreprise, le complexe génético-industriel ne se privepas d’autres moyens pour arriver à ses fins. Nous pouvons nous poserdes questions à la suite de l’introduction, pour la premièrefois en Europe en novembre 199633,du soja modifié génétiquement. Il semble que celui-ciait été intentionnellement mélangé avec dusoja non modifié afin de rendre impossible un étiquetagespécifique. La même technique est utilisée, quinzejours plus tard, avec du maïs génétiquement modifié34,mais sans que celui-ci n’ait reçu aucune des autorisations nécessaires.Ce délit mérite sanction. Dans ce contexte, la décisiond’autorisation sur le territoire européen du maïs modifiégénétiquement par la Commission est un véritable scandaledans la mesure où elle fut prise dans l’urgence à la suitede l’introduction “forcée” du maïs et sous la pression desentreprises. La santé ou l’environnement ne semble pas avoir beaucouppesé dans la décision, ce que Mme Bonino, commissaire ayantparticipé à la décision, déplore lorsqu’elledéclare: <<Je regrette que le Collège ait étéamené à prendre une décision si sensible pour l’opinionpublique sous la pression et l’urgence liées au problèmed’importation d’importants stocks de maïs des Etats-Unis35>>.Elle se déclare aussi mal à l’aise face à la décisionproposée et met en doute les arguments scientifiques avancés.Et pour cause, de brèves notes des comités scientifiquesd’une vingtaine de lignes font office d’avis et donnent des réponsesstupéfiantes aux questions posées. On y parle de risques“virtuellement nuls” pour la santé des animaux qui seraient nourrisavec ce maïs; les risques allergènes sont qualifiésd’”improbables”; le risque de créer des résistances aux antibiotiquesest considéré comme “lointain”. Quand aux insectes qui deviendraientrésistants, le comité scientifique n’hésite pas àrecommander l’usage d’insecticides plus puissants si cela devait êtrenécessaire! Concernant la transparence et l’information du public36,on relève aussi de grandes carences; ainsi comme le prévoitla loi française, des associations ont tenté d’obtenir desinformations concernant les cultures déjà existantes de plantesgénétiquement modifiées. Dans 43 départementssur 96, les autorités ont refusé de communiquer leurs données37.Cet été, Monsanto a été condamné pourpublicité mensongère en Angleterre. Les juges anglais ontestimé qu’il était abusif d’associer dans leurs campagnes,leur nom et leur produit à une meilleure gestion de l’environnement38.On relève aussi des techniques pour le moins inquiétantesd’étiquetage qui font sérieusement douter de la possibilitéde s’en sortir par ce moyen. Ainsi, le magazine de Test Achat signalaitla disparition du “soja” dans la mention “lécithine de soja” decertains produits39.
Dans le cas du maïsautorisé dans les circonstances que nous venons d’évoquer,le Parlement européen a demandé son retrait le 9 avril. Endes termes très durs, il <<condamne l’irresponsabilitéde la Commission qui a pris l’autorisation de mise sur le marchéen dépit de tous les avis négatifs de la plupart des Etatsmembres et du Parlement européen40>>.Monsanto s’attirait même les critiques de ses collègues 41,celles-ci vilipendent la “stupidité arrogante” de la firme. Le soja,importé, lui, en toute légalité, fut retiréà la suite de la découverte de ses propriétésallergènes. En outre, on voit apparaître des “bio-pirates”42,des “voleurs de gènes”43, scientifiquesqui sous couvert de protection de la biodiversité - travaux largementsubventionnés par les institution internationnales - pillent littéralementles richesses naturelles de la périphérie. Ils établissentdes cartographies et prélèvent des échantillons, matérielgénétique qui sera ensuite breveté. En Suisse, ila fallu détruire 200 hectares de maïs après la révélationdans l’Appel de Bâle contre le génie génétique44que des semences modifiées de la société Pioneer étaientdistribuées sans autorisation. Des retraits de ce maïs ontégalement eu lieu en Allemagne et en France. Des problèmessimilaires ont eu lieu au Brésil tandis qu’en Argentine la situationest déjà hors contrôle45.Monsanto, quant à lui, était condamné en Grande-Bretagnele 17 février 1999 pour insuffisance de mesures de protection contrele risque de pollinisation des plantes environnantes: moins de deux mètresétaient réservés entre le maïs modifiéet les autres cultures46. Sachantqu’il faut des centaines de mètres au minimum, que certains parlentde plusieurs kilomètres et que d’autres mettent en doute la possibilitémême de “confinement”, parler alors de mesures de “biosécurité”relève de la supercherie. Vol de gènes également dansle cas de cet Américain, John Moore, atteint d’une forme de leucémierare. Son médecin prélève une cellule de sa rate maladedont il tire une lignée cellulaire qu’il fait immédiatementbreveter sous le nom de “cellules MO”. La société Genetechest accusé, elle aussi, de vol et de fraude scientifique. PeterSeeburg, biologiste moléculaire de Genentech a reconnu qu’il y avingt ans, des personnes à la solde de la compagnie avaient pénétrédans l’enceinte de l’Université de Californie à San Fransiscopour y dérober des gènes, par la suite largement exploités47.
Très préoccupantesaussi sont les pressions qui visent à faire taire les voix dissidentes.Deux cas ont défrayé la chronique ces derniers temps. Lepremier, celui du professeur Putzai, est le plus connu. Ce chercheur écossaisannonça durant l’été 1998, que les rats qu’il avaitsoumis à un régime contenant uniquement des pommes de terremodifiées génétiquement souffraient d’une dégénérescencedu système immunitaire et de graves lésions d’organes. Mallui en pris, il subit alors une campagne de dénigrement mettanten doute ses recherches, son laboratoire lui interdisant, la publicationprévue dans Nature de ses travaux, et l’accès àson laboratoire. Son sort semblait scellé quand la polémiquerebondit en février 1999, moment où vingt-deux scientifiquesde treize pays différents, tous d’éminents spécialistesde la biologie moléculaire, ont rendu public un mémorandumsur les travaux incriminés et ne les confirment. Depuis Putzai estréhabilité par son laboratoire et Ronald Finn, professeurà l’Université de Liverpool dit : <<Je suis d’avisque la réputation de scientifique éminent du professeur Putzaia été salie, et qu’il a été traité trèsinjustement>>. L’autre cas, est celui d’un numéro du magazine TheEcologist48 consacré aMonsanto. Les 14.000 exemplaires du numéro furent passésau pilon chez l’imprimeur sans en avertir l’éditeur, mais aprèsêtre entré en contact... avec le PDG de Monsanto. La revues’est ensuite heurtée à un véritable boycott des distributeursbritanniques. L’affaire a bien failli tourner court jusqu’à ce queTeddy Goldsmith, directeur de la publication, invoque la libertéde la presse dans une tribune retentissante du Guardian. Aprèsavoir dû assurer la distribution par téléphone, larevue a finalement pu être diffusée. Depuis elle a ététraduite et publiée en France49,en Espagne, au Brésil, en Italie et le sera bientôt en Allemagne50.
2. Brevets, sécuritéalimentaire et enjeux économique
a. Du droit de propriétécommune à une appropriation par les multinationales
En mai 1992, l’Office européendes brevets a octroyé une protection sur une souris génétiquementmodifié pour développer un cancer, l’oncomouse. Si les réticencesrelatives à la “souffrance animale” sont évidentes, il enest aussi une plus fondamentale. A savoir que la vie, les processus biologiquepour être précis, ne sont pas compatibles avec le principedu brevet. En effet pour breveter un objet ou une technique, l’inventeurdoit prouver, selon les disposition légales en vigueur, qu’il acréé un objet ou une technique qui est une invention et passeulement une découverte fortuite, décrire son inventionde manière complète de telle sorte qu’un expert en la matièrepuisse la reproduire exactement, et établir qu’il a inventéquelque chose de réellement nouveau qui se prête àla commercialisation. Un organisme vivant ne répond pas àcette définition, il n’est pas inventé, il échappeà toute description complète et ne peut être reproduitexactement51. Cela concerne les végétaux,les animaux, mais aussi le génome humain. L’appropriation du patrimoinegénétique de l’être humain et son instrumentalisationpar quelques multinationales, suscitent le rejet le plus immédiatde la brevetabilité du vivant. Ce danger, nous l’a vu avec les exemplesde vol de gène, ne semble pas exclu. En Islande, l’ensemble desdonnées issues du patrimoine génétique de la populationvient d’être “privatisé”. Certains, face à ces dangers,et afin de régler la question une fois pour toutes, proposent d’enchanger le statut et d’en faire un patrimoine de l’humanité. C’estla position que l’on trouve dans le projet de Déclaration universellesur le génome humain et les droits de la personne humaine qui fut,après son approbation par la Commission juridique du Comitéinternational de bioéthique de l’UNESCO (CIB), égalementadopté par consensus en juillet 1997 par le Comité d’expertsgouvernementaux représentant plus de quatre-vingt Etats. L’articlepremier de ce projet stipule que <<Le génome humain sous-tendl’unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine,ainsi que la reconnaissance de leur dignité et de leur diversité.Dans un sens symbolique, il est le patrimoine de l’humanité>>,et le CIB de fournir le commentaire suivant: <<Appliquéeau génome humain sous sa forme intangible, la qualification de patrimoinecommun de l’humanité met l’accent sur l’impératif d’un partageéquitable des connaissances scientifiques sur le génome humain,qui doivent profiter à l’humanité dans son ensemble. (...)Ceci exclut notamment qu’un gène ou une séquence de gènepuisse être brevetés “en son état naturel”52>>.Projet intéressant, qui a le mérite de mettre en avant d’autresvaleurs que le mercantilisme dominant, mais qui se limite au patrimoinegénétique humain. Certains étendent cette notion,comme l’association ATTAC, qui demande que <<les gouvernements,l’Union européenne et enfin l’Organisation des Nations unies proclamesolennelement un droit de l’homme nouveau: le droit sur le vivant et lesressources génétiques en tant que bien commun de l’humanité,inappropriable par nature et par quelques moyens que ce soit53>>.
Pourquoi faut-il fouler dupied la définition de l’invention alors que le génie génétiquene répond pas aux critères définis ? C’est que lescompagnies du complexe génético-industriel le réclamentà grand cris; selon elles, il faut absolument rétablir leur“sécurité juridique”. C’est à ce point pressant queles réglementations ne sont pas encore établies que déjàdes milliers de brevets on été déposés dansla plus totale précarité juridique, sur des bases contestableset d'ailleurs contestées. Quoique totalement éloignéde toute considération de bien commun et fruit d’une demande desmultinationales, c’est le sujet sur lequel on s’est le plus affrontéjusqu’ici. Revenons à Axel Khan qui est très explicite quandil indique les intérêts de quels acteurs seront pris en compte:<<Leproblème consiste donc à trouver un compromis entre la libertéd’accès à la connaissance et la protection de l’investissement,condition du développement industriel des bio-technologies54>>.Deux acteurs sont mis en avant, la communauté scientifique et lesindustriels; les périphéries, le bien commun, le sort del’agriculture et d’autres considération sont passés par perteset profits. Nous sommes à nouveau face à un discours surl’inéluctabilité de la technologie génique. A partl’argument de l’intérêt des entreprises, on a droit àl’habituel discours lénifiant, lieu commun qui frappe l’imagination- ici c’est le classique <<il est grand temps que l’Europe sesorte du charbon et de l’acier55>>.On se plaît aussi à rappeler un retard sur les Américaines,accréditant ainsi, entre autres, un chantage à l’emploi56dont nous verrons la facticité. De plus, la brevetabiliténe concerne pas seulement les gènes, mais aussi tout l’organismeet toute sa lignée. Ainsi les brevets sur le soja modifiésont comme implication que plus personne ne peut produire, offrir, commercialiserou utiliser des plants de soja modifié sans demander l’autorisationde la société Agracetus. Axel Kahn qui y voit le seul problèmeconcernant le brevetage, se demande s’<<il faut qu’un brevet,“protège” l’ensemble d’un lignage ?>>.
Berlan et Lewontin57exposent quatre arguments contre la confiscation du vivant. Le premierest que la richesse variétale dont nous disposons a étécréée par les paysans de l’ensemble de la planète,et particulièrement ceux du tiers-monde. C’est un argument constammentévoqué par les organisations non gouvernementales et intergouvernementalescomme l’Organisation des Nations-unies pour l’alimentation et l’agriculture(FAO). Le deuxième, que l’augmentation historique inouïe desrendements repose sur la libre circulation des connaissances, des ressourcesgénétiques et sur la recherche publique. Ensuite que l’expériencemontre que le coût du “progrès génétique” privatiséest et sera exorbitant. Et enfin que renoncer à notre droit surle vivant revient à laisser au complexe génético-industrieltoute latitude pour orienter le progrès technique dans les voiesles plus profitables pour lui, et non pas les plus utiles pour la société.Après avoir déclaré le patrimoine génétique“patrimoine commun”, le Comité consultatif national d’éthique(CCNE - France) propose une solution: <<les séquences d’ADN,codantes (les gènes), ne sont pas brevetables, elles doivent êtreconsidérées comme une information et déposéesdans des banques de données accessibles à toute la communautéscientifique58>>. C’est peut-êtreune solution satisfaisante pour la communauté scientifique, maisqui ne résout en rien le problème, elle contribue mêmeà l’occulter - qui n’est pas de savoir comment aménager oupas l’introduction inéluctable du génie génétique,mais bien de savoir si le génie génétique est unepossibilité souhaitable ou pas et pour qui. Nous nous baserons surles motivations du complexe génético-industriel et les conséquencesenvisagées dans les périphéries de l’introductiondes organismes génétiquement modifiés pour nous forgerune opinion.
b. La stérilisationdu vivant, moteur des “sciences de la vie”
Partout et depuis toujours,les agriculteurs réservent une partie de leurs semences d’annéeen année, il est reconnu le droit des agriculteurs de “faire dela graine” à partir de ses cultures, de faire fructifier le vivant.Un “privilège” contre laquelle les compagnies ont entrepris unevéritable croisade. Monsanto a publié des placards publicitairesdans des journaux agricols américains sous le titre: <<Dessemences Biotech piratées qui pourraient vous coûter plusde 1200 dollars par hectare à planter>>. Et de mettre sa menaceà exécution avec l’aide de l’agence de détective privéPinkerton59, poursuivant des agriculteursen vertu du contrat que ceux-ci sont désormais obligés designer à l’achat de semences. C’est une “stérilitécontractuelle”. Avec les brevets, on voit apparaître une “stérilitéjuridique”. Le stade ultime est la “stérilité physique”,objectif final et ancien des semenciers, qui est en passe d’êtreatteint aujourd’hui avec la technologie Terminator60,merveille de technologie génique qui consiste en l’introductiond’un gène “programmé pour tuer”. La nature s’opposant au“droit naturel” du profit, les scientifiques ont tôt fait de trouverdes solutions, illustration du principe que ce qui est profitable influence,voire détermine, ce qui est “scientifiquement vrai”. Ce sera d’abordle passage, au début du XIXe siècle, de la techniqued’amélioration des céréales par isolement àcelle de sélection continue, et ensuite, dans les annéestrente, la technique des hybrides. Au nom du rendement et d’une mystificationscientifique - l’hétérosis super-dominance - on a opéréun formidable retournement, car ce qui, en réalité, distinguel’hybride de tout autre, est la diminution de rendement des générationssuivantes61. Pour réussir politiquementà stériliser le maïs, premier hybride, il fallait centrerl’attention sur l’illusion que crée le travail de sélection,l’amélioration, pour occulter le réalité de l’objectifpoursuivi : la stérilité. Le fait de posséder desgènes différents - “l’hybridité” - est présentéecomme favorable en soi ou en échange d’un rendement tronquédes la deuxième génération. Les “hybrideurs” créentune nouvelle source de profit et deviennent donc des héros scientifiques,leur technique étant célébrée de façonextravagante. Aujourd’hui, il existe des vingtaine d’espèces alimentairesqui sont des “hybrides”; toutes les volailles et une grande partie desporcs sont eux aussi “hybrides”.
c. Sécuritéalimentaire et “faim dans le monde”
Une stérilitécontractuelle et juridique, accompagnée d’un matraquage adéquatcontre le “piratage” des "contrevenants", sont notoirement inefficacesaux périphéries, tant elles sont réfractaire au passageau système de propriété intellectuelle en vigueurdans le Centre, parfois pour des raisons culturelles comme dans le casde l’Inde qui refuse le brevettage des médicaments, attachéaux techniques traditionnelles de culture, et de plus en plus, totalementétrangé à tout système contractuel et juridique.Or les périphéries, ce sont aujourd’hui les marchésà conquérir et c’est à cela que doit servir la technologieTerminator et sa stérilité physique. Notre secrétariatd’Etat à la Coopération au développement envisagele recours à la biotechnologie <<comme un outil susceptiblede contribuer à l’objectif de sécurité alimentaire62>>.Fait-il référence au plantes transgéniques résistantesaux contraintes abiotiques (sécheresse, salinité, ...), quicontrairement aux promesses brillent par leur absence, ou à uneaugmentation de la productivité agricole63?Rappelons d’une part, que ce n’est pas par une amélioration du rendement,dont l’augmentation fut énorme au cours du XXe siècle,que l’on augmentera la sécurité alimentaire, qui n’a faitque se détériorer durant la même période. Onévoque le chiffre de 1,4 milliards d’êtres humains qui dépendentdirectement pour leur “sécurité alimentaire”, de ce “privilège”évoqué plus haut, le droit de réensemmencer, parcequ’ils n’ont tout simplement pas les moyens d’acheter des graines aux semenciers.D’autre part, on ne résoudra pas les problèmes alimentairesen favorisant les cultures d’exportations au détriment des culturesvivrières et en vendant les excédents de notre politiqueagricole productiviste aux périphérie, ce que l’augmentationde rendement favorise. Va-t-on améliorer la sécuritéalimentaire en synthétisant du cacao et de la vanille64dans des plantes “usines” modifiées génétiquement? Le cacao, au même titre que le café, le sucre de canne,le soja et le thé, est vital pour de nombreux pays. La vanille estune des principales sources de revenu à l’exportation pour Madagascar,elle fait vivre 75.000 paysannes et paysans. Le problème de la sécuritéalimentaire - différent de la “faim dans le monde”, dont on ne saitpas très bien ce qu’il recouvre65- ne trouvera pas de réponse dans un schéma de développementtourné vers l’exportation, ce que de nombreuses ONG essaient demettre en avant, lors du débat sur le Millénium Round deSeattle, avec le concept de souveraineté alimentaire. Voyons maintenantce qu’il en est du fameux “retard technologique”, de l’emploi et de laréalité de cette “manne de croissance”.
3. Le génie génétique,un nouvel Eldorado pour l’emploi ?
Les Etats-Unis sont-ils la“terre promise” du génie génétique comme on l’entendsouvent ? D’un côté, oui, aucun autre pays de la planèten’a investi des sommes aussi considérables et n’a crééautant d’emploi dans ce secteur. On y compte en 1996, 1300 entreprisesdont une majorité opère dans le domaine médical. Moinsde 10% sont actives dans l’agriculture. L’industrie du génie génétiqueemploie environ 115.000 personnes. Mesurée à l’aune du marchédu travail américain - environ 125 millions de postes de travail- la part du génie génétique serait donc de moinsde 0,1 %. Soit un employé sur 1000. Mais, à quelques raresexceptions près, l’ensemble de la branche américaine du géniegénétique se présente actuellement comme une énormemachine dévoreuse d’argent. Seuls 35 des 1300 entreprises réalisentdes bénéfices. En 1996, les 1300 entreprises ont perdu 4,6milliards de dollars, soit une perte de 40.000 dollars par place de travailet par an. Si on prend le “génie génétique vert”,le secteur agricole, les résultats sont encore plus déplorables:pour un chiffre d’affaire de 184,5 millions de dollars au cours de ces16 dernières années, on relève un total de 3,2 milliardsde dollars investis à perte. 13,5 milliards de dollars ont étéinvestis dans l’ensemble du secteur entre 1990 et 1995. En règlegénérale, les entreprises du génie génétiquene peuvent couvrir leurs frais par la vente de leurs produits, car jusqu’aprésent il n’existe que peu de produits vraiment nouveaux fabriquésà l’aide du génie génétique. La majoritédes produits modifiés génétiquement remplacent àun prix élevé des produits existants. De plus d’importantessommes provenant des fonds publics sont accordées à cetteindustrie. Entre 1987 et 1994, on est passé de 2,7 à 4,3milliards de dollars. Nous avons déjà évoquéla précarité juridique dans le domaine des brevets et lerejet de la population, sur lequel se construit tout l’édifice,nous pouvont maintenant y ajouter la précarité économique.
L’Europe est elle-“out” ?Non, elle est même bien loin de l’être. Si on compte environ500 entreprises, pour 27.000 emploi, en Europe, soit moins qu’aux Etats-Unis,ces entreprises, ont par contre largement investi sur le marchéaméricain. Ainsi 75% du capital à risque investi ces cinqdernières années dans l’industrie américaine du géniegénétique proviennent de Suisse et de l’Union européenne.Respectivement, 22% pour les entreprises européennes et 52% pourla Suisse et son groupe “phare” Novartis/Roche. Et la Belgique, non plusn’est pas “out” de ce projet, elle est même plutôt pionnière.Des sociétés comme Plant Genetic System dont nous avons déjàparlé, Innogenetics, Smith Kline-Beecham sont les acteurs de cesecteur. A Louvain-la-Neuve se trouve le site de recherche européende Monsanto. Je ne possède pas de données sur les investissements,mais nous sommes en quatrième place concernant le nombre d’essaien champ de produits génétiquement modifiés, avec42 test66.
a. Non, c’est miser surun mauvais cheval
En fait, le géniegénétique tue l’emploi, non seulement parce que ces entreprisesdéveloppent la même logique de fusion, rationalisation, suppressiond’emplois que le reste des entreprises globalisées: Berlan et Lewontinsignalent la suppression de 2500 emploi chez Monsanto. Novartis en supprime1.100 dans sa division agro-alimentaire67.Mais aussi parce que l’introduction du génie génétiquedans l’agriculture, outre les conséquences désastreuses dela mise à mal du droit de réensemencer, est un pas de plusdans la spirale productiviste, déjà responsable de la disparitionde nombre d’emplois agricoles. Ainsi l’introduction, au Etats-Unis de l’hormonede croissance bovine fabriquée par génie génétique(rBST, objet du litige qui oppose l’Union européenne aux Etats-Unisà l’Organisation mondiale du commerce sur sa nocivité) dansle secteur laitier aura comme conséquence une diminution importante(jusqu’a 30%) du nombre de petites exploitations agricoles. Une étudepour la Suisse indique la même chose68.Dans le secteur de l’alimentation, un représentant du syndicat allemandde l’alimentation, Jochen Ziegler note: <<Des produits de boulangeriepouvant être stockés plus longtemps grâce à desenzymes fabriquées par génie génétique entraîneront,selon la logique économique de notre système, une réductiondu nombre de boulangeries et par conséquent, supprimeront des placesde travail>>. Des processus semblables auront lieu dans l’agriculture,les laboratoires médicaux et l’industrie chimique. Quelque emploispour des spécialistes hautement qualifiés seront créés,pendant que d’autres emplois moins pointus seront supprimés. Etnous avons déjà parlé des exportations de la périphérie,du cacao à la vanille...
D. Ce que nous disentles éthiciens
Outre leur intervention fréquentedans le débat public69, ilsattirent notre attention sur toute une série de question. Cellerelative au transfert de tel ou tel gène: peut-on, ou ne peut-onpas, transférer tel gène ou manipuler, de telle manière,tel génôme ? En fait, chaque opération peut présenterdes conséquences tellement diverses, que la plupart des interventions,en tout cas dans le domaine médical et souvent dans le domaine alimentaire,n’est possible qu’après un passage par une ou plusieurs commissionsd’éthique. Ces commissions, complètement gangrénéespar les conflits d’intérêt, plutôt que de mettre àplat les arguments, participent souvent à un applatissement de laquestion en acceptant des questions tellement spécifique qu’ellesen perdent toute signification. De plus, elles entérinent sans soucillerla politique du fait accompli du complexe génético-industriel,et enfin elles acceptent de mettre sur le même pied des intérêtsqu’il est une injure de placer sur un pied d’égalité: intérêtsdes entreprises perçus comme équivalents aux intérêtsde la société (santé, environnement,...). On peut,par exemple, s’interrogé sur le fait de placer la protection dela propriété industrielle des entreprise sur le mêmepied que le droit à l’information du public et même de l’ysoumettre. Ron Epstein, quant à lui, conteste les fondements scientifiquesdu génie génétique et se demande comment, lorsquel’on change tel ou tel gène, fait-on pour savoir quels seront lesautres changements ? En effet, pour lui, les gènes ne sont pas desunités isolées qui ont une simple correspondance l’un àl’autre. D’autres questions reviennent sans cesse dans ce débatet le dépassent largement. Elle ont trait à l’équilibrenaturel, au développement durable et au principe de précaution.Les implications de ces principes seront discutées dans la dernièresection. Le “danger” contre lequel il s’agit de se prémunir estcelui d’une altération de la biodiversité.
Une autre série dequestions sont relatives à la relation de l’homme à la nature.Le problème premier est celui de la modification possible de nosconception de la nature humaine. Quel pourcentage d’humain faut-il qu’unanimal génétiquement modifié possède pour changerde statut ? Quel est celui de ces souris ou ces porc “à 60% humains”? Ainsi, cette souris qui produit du sperme utilisé pour la procréationd’un enfant en acquiert-elle un ? La même question se pose pour lesvégétaux. Un deuxième problème, déjàabordé sous l’angle de la “brevetabilité” du vivant, estmis en avant, à savoir, les conceptions utilitaristes qui prévalentdans le génie génétique. La vie, la nature, sont réduitsà un “code génétique” appropriable. Ron Epstein évoquele cas d’une tentative de dépôt de brevets sur une “femmepharmacie”. Mais cet aspect est le plus flagrant avec les animaux transgéniques.C’est le dernier aspect de notre relation à la nature: notre relationau monde animal. Il y a trois groupes d’animaux transgéniques: lepremier comprend celui des animaux destinés à l’élevage,porcs géants, moutons dont la laine peut être retiréeà la main, saumons sept fois plus gros que la normale70,vaches qui produisent toujours plus de lait grâce à la somatotropinebovine recombinée. On peut se demander si ce genre de manipulationest de quelque profit pour l’homme ou pour l’animal. Le deuxièmegroupe d’animaux transgéniques comporte ceux qui sont transformésen usine pharmaceutique: des moutons produisant dans leur lait une substanceutile à l’homme (l’alpha-1-antitrypsine) ou des vaches produisantun succédané de lait maternel. Le dernier groupe, ce sontles animaux transgéniques utilisés comme modèle clinique,par exemple, la souris “oncogène”, c’est-à-dire porteusede cancer, des porcs destinés à nous fournir des foies, desrates... Ici les risques pour la santé sont mal évalués.Dans tous ces cas, manipulés, brevetés, qu’en est-il dessouffrances ?
La relation de l’homme àsa nourriture pose deux types de question: celle relative aux interditsculturels ou religieux et celle relative au droit du choix de son alimentationpar le consommateur. La première est un problème dans lamesure où certaines religions proscrivent certaines nourritures.Le système éthique basé sur le “karma” de nombreuxsystème religieux asiatiques insiste sur la pureté de l’espritetdu corps, comme un prérequis pour le progrès spirituel. L’autrequestion est le droit à l’information, le droit au choix pour leconsommateur. Cette demande voudrait trouver une réponse dans l’étiquetage,or l’étiquetage n’est pas une solution. En effet, d’une part, commele précise notre précédent ministre de l’Agriculture<<l’applicationd’un étiquetage rigoureux nécessite la mise en oeuvre deméthodes de détection de l’ADN et des protéines, fiableset applicables en routine71>>.Et de préciser que <<de telles méthodes de détectionpermettront un étiquetage adéquat et transparent respectantde la sorte la liberté de choix des consommateurs>>, soit lorsquele choix ne sera plus possible. D’autre part, il ne résout en rienla question des risques sanitaires et environnementaux, ni celle des aspectssociaux. A cet égard, la mise en avant d’une filière “sansOGM”, avec un étiquetage négatif plutot que positif, “contientdes OGM”, est un grand pas dans le sens d’une accentuation de la dualisationalimentaire. En caricaturant, les “riches” mangeront des produits “sansOGM”, ou “BIO”, et les pauvres mangeront “du poulet à 100 balles”selon l’expression désormais consacrée par nos derniers déboiresalimentaires.
Un autre sujet de questionnementéthique est le danger de “guerre biologique”. Les scénarios,de semences génétiquement modifiées de type Terminatordistribués, par exemple sous forme d’aide alimentaire, au régimerécalcitrant, sont assez courus. L’idée est de jouer surles variables psychologiques d’un conflit et de réduire un peupleà la famine afin de l’inciter à renverser le régimecontesté. Ces scénarios circulent alors qu’on voit apparaîtredes rapports sur l’utilisation, par les Etats-Unis, d’armes bactériologiqueslors de la guerre au Viêt-Nam. Corolère de ces scénarios,les peurs technologiques du type “bioterrorisme”. Qui a peur du “bioterrorisme”72? Lorsque nous évoquerons la question du risque, il sera bon dese souvenir de ceux qui élaborent le plus de scénarios derisque extraordinaire. Ils seront la plupart du temps des plus fantastiqueset sans fondement, mais ceux-ci seront pris en compte.
E. Ce que nous endisent les écologistes
Il y a deux types de risque:sanitaire et environnemental. J’évoque ici le point de vue des écologiste“expurgé” des autres considérations, qu’ils sont pourtantles premiers à mettre en avant. Toute certitude en ce domaine estquasi irrémédiablement impossible tant il est simple pourles lobbys concernés de brandir des expertises qui vont àl’encontre de celles fournies par les adversaires. On aboutit àun blocage total de toute possibilité de contrôle et on assisteimpuissant à une querelle de dossier aboutissant à une neutralisationdes arguments des uns et des autres, tous aussi ”objectifs”, “sérieux”,“informés”, “experts” ou “scientifiques”. <<L’antiprécautionse laisse deviner sans trop d’effort : dénégation systématiquedu risque, refus d’entendre les paroles venant de l’extérieur, surditéaux indices précurseurs, monopolisation de l’expertise, instrumentalisationdes incertitudes et controverses scientifiques à des fins de paralysiede l’initiative publique, transformation d’hypothèses arbitrairesou partiellement étayées en dogmes dépositaires del’honneur d’une corporation73>>.Une description assez réaliste de l’attitude qui prévautet qui est la première difficulté. La deuxième provientde l’application du principe de précaution. Loin de nous donnerdes indications normatives précises quant à ce qu’il fautfaire, sa prise au sérieux ne fait que compliquer les choix dansla mesure où elle est corrélative à l’autre élémentde l’écologie politique, à savoir la mise en question del’unicité de la preuve, de la vérité et de l’objetscientifique, au profit d’une plus grande complexité des interractionsprises en compte, trop souvent perdue de vue lorsque d’éminentsécologue croise le fer avec d’éminents experts. En effet,si le fait que le risque soit grave et/ou irréversible (cf. conventionqui définisse la précaution) est difficilement contestable,que faire de cette affirmation si l’on ne peut appliquer une règled’abstention, celle-ci étant insatisfaisante, car on ne peut exigerni “dommage zéro” ni l’inversion de la charge de la preuve tousles deux synonyme d’un frein important à l’innovation ? De plusl’abstention pose le problème d’une focalisation sur le scénariodu pire. Au nom de ce principe, on ne peut finalement qu’implorer les responsablesd’être plus prudents, mais encore faudrait-il que la volontéy soit et, comme nous l’avons déjà vu dans la premièresection, l’attitude des différents acteurs est plus à l’antiprécautionqu’à une plus ou moins grande portée qu’a ce principe.
1. Le génie génétique,un cas particulier ?
C’est le premier enjeu decette question: le génie génétique est-il, soit uncas particulier, nécessitant un traitement spécial, soitla prolongation naturelle de toute l’histoire de la sélection ?Qui vise à <<faire apparaitre (le génie génétique)comme un pur mécanisme “naturel” qui s’impose aux acteurs sociauxet par rapport auquel il n’y aurait pas d’autres conduites raisonnableque la soumission raisonnée74>>.Pensons à la tentative avortée d’obtenir le label “bio” pourdes produits transgéniques ou à la polémique sur la“différence substantielle”, dans le débat sur l’étiquetage.On n’étiquetterait, selon la dernière décision européenneque les produits présentant une “différence substantielle”avec leur équivalent “naturel”. Soit un étiquetage de latomate qui reste ferme plus lontemps, type de produit qui ne risque pasde se multiplier dans le contexte actuel, mais pas d’étiquetagepour les produits tels que le mais, le soja et plus près de cheznous les betteraves (sucre) transgéniques et leurs dérivés,ce qui en exclu quasi tous les produits qui en contiennent. En réalité,amélioration, hybridation, génie génétiqueparticipent de la même logique, dénoncée par Berlanet Lewontin, qui va jusqu’à la stérilisation. La naturalisationde ce qui l’est le moins, comme l’atteste la définition mêmed’un OGM, est, en fait, la naturalisation du désir de quelques-uns.Sur le plan formel : la nature n’a-t-elle pas toujours brassé largementles gènes ? Des échanges n’ont-ils pas toujours eu lieu ?Le travail des sélectionneurs n’a-t-il pas toujours consister enune sélection des meilleurs éléments, et de leur génôme? Ce qui revient à affirmer que le nucléaire, en tant qu’étapesuivante de la physique ne présentait pas plus de risque que leplan incliné de Galillée. Si une certaine mobilitédes gènes a toujours eu lieu, soit de manière épisodiqueentre espèces proches, soit progressivement par sélectiondans un processus assez lent, ce ne fut jamais le cas avec une telle ampleur,une telle vigeur. Ainsi en trois ans, au Etats-Unis, on a introduit unevariété de soja transgénique sur 40 pourcent des surfacescultivées de cette plante. On introduit de nouveaux organismes vivantsinconnus dans la nature, sans passé évolutif ni prédateurnaturel, bardés de multiples tolérances aux herbicides, auxprédateurs,... et dont le comportement dans les écosystèmesest imprévisible. Jamais non plus, la sélection ne s’estfaite par delà les barrières naturelles, entre les espèces,par exemple, gènes humain sur des plantes, gène d’une noixsur le soja, etc...
Le seul point de comparaisonque l’on ait concernant l’introduction d’espèces nouvelle dans l’environnementest celui qui a accompagné la découverte des “nouveaux mondes”.Pimentel75 ont publié une étudequi montre que, pour les Etats-Unis, sur 5800 espèces végétalesintroduites, 128 sont devenus des fléaux - par exemple la jacinthed’eau - 10 des 20 mammifères et oiseaux de compagnie introduitssont sources de graves ennuis, idem pour 9 des 20 mammifères etoiseaux introduits pour la chasse. Par contre, seul 5 des 2000 poissonsintroduits sont devenus des nuisances. On connaît aussi l’exempledes grand lacs en Afrique, où l’on a vu la disparition de centainesd’espèces de cyclidée, mais surtout, le plus connu, celuide l’introduction du lapin et du renard en Australie. Introduction quine tarda pas à apparaître comme un fléau tant ils sesont multipliés dans les vastes plaines, menacant de détruiredes dizaines d’autres espèces et tout l’écosystèmedu continent. C’est à tel point que l’on a été jusqu’àdéployer une ligne électrifié au travers de tout lepays pour en venir à bout. Mais ce qui est plus intéressant,c’est que la myxomatose, qui décime nos lapins, provient de recherches,qui se sont “échappées“ de laboratoire et qui nous sont revenuescomme un boomerang, ce qui permet de douter de la possibilité de“confinement”. Aucune de ces deux approches n’exclue d’ailleurs totalementle risque; l’une, la mise en avant d’une filiation continue avec l’histoiredu progrès, est destinée à minimiser le risque, l’autre,la comparaison historique, apporte un éclairage, sûrementpas des certitudes.
2. Gestion du risque
Ce risque presque unanimementreconnu, fait l’objet de diverse législation. Au niveau mondial,il y eu un moratoire sur les recherches de recombinaison d’ADN, justifiépar les risques de dissémination dans l’environnement, les risquessanitaires, ... Celui-ci a pris fin en 1974 à la conférenced’Asilomar qui décide deux mesures: outre la levée du moratoire,elle a institué deux règles : la première, que touteexpérience doit être soumise à un comité d’éthique,et la seconde que toute expérience doit être menéedans un endroit isolé. Des suites de cette conférences, etdes engagements de Rio et Kyoto, découle la tentative de mettreen oeuvre un Protocole sur la biosécurité76,projet qui a encore échoué lors du sommet mondial de Carthagène77.
Au niveau européenune directive 90/219/CEE réglemente en 1990 l’utilisation d’OGMn’entrainant pas de rejet dans l’environnement. Une deuxième directive90/220/CEE s’applique à la dissémination volontaire d’OGMdans l’environnement et notamment aux semis réalisés avecdes graines génétiquement modifiées. Cette législationest basée sur les connaissances scientifique des années 80.En décembre 1993 et le Livre blanc sur la croissance, la compétitivitéet l’emploi. Les défis et chemins pour entrer dans le XXIesiècle qui conclu que la Communauté doit être prêteà revoir son cadre légal sur les biotechnologies, dans lebut de réalisés le plein potentiel des biotechnologies modernespour l’emploi, l’investissement et la croissance. Depuis lors, une discutiona lieu sur l’évolution législative de la directive 90/219/CEE.Cette révision en est à la Directive 98/81/EC adoptéepar le Conseil le 26 octobre 1998 ( après d’âpres discussionson a abouti à un concensus en décembre 1996, premier avisdu Parlement européen en mars 1997, adoption par le conseil desministres en décembre 1997, second avis du Parlement européenen juin 1998). Les arrêtés d’application devront êtrepris pour le 5 juin 2000. Cela a mis quatre ans et demi pour une révision,pas terminée, et l’on a entrepris seulement la moitié duchemin; en effet il n’y a rien encore du côté de la directive90/220, dont les bases scientifiques sont aussi désuètes.Enfin, troisième souce de droit, le réglement, EC 258/87relatif aux “nouveaux aliments” concerne l’étiquetage, qui nousl’avons vu ne résoud rien. La seconde directive, qui nous concerneici, vise à préserver la biodiversité et organiseles procédures à suivre; celle-ci sont calquées surles procédures dans le domaine médical: c’est le demandeurqui effectue les tests, sous le contrôle d’organisme public. On peutmontrer l’hypocrisie de ces discours sur la biodiversité àtravers le catalogue officiel des semences78.Va t’on préserver la biodiversité en la mettant dans deslaboratoires, puis dans les musées d’histoire naturelle? OMC etfait de se plier avant même que le conflit ne soit posé.
En Belgique c’est l’Institutscientifique de la santé publique - Louis Pasteur, section de biosécuritéet biotechnologie, dirigée par William Moens qui délivreles autorisations, et qui est chargé du secrétariat du Conseilde biosécurité, composé du Conseil consultatif debiosécurité et du Service de biosécurité etbiotechnologie(SBB)79. Aprèsune réprimande européenne en 199680,il a fallu attendre la fin de 1998 pour que la directive 90/220/CEE de1991 soit transférée en droit belge. Outre que tout ce belédifice ne fonctionne pas encore, on est en pleine fiction méthodologique,car on a bien un florilège de législation mais aucune miseen oeuvre de celle-cis. Il y a loin du discours à la réalité:lorsqu’en 1997, il s’est agit d’adopter une position sur un enjeu éthiqueet politique d’importance, la “brevetabilité“ du vivant, le gouvernementbelge à été empêché “in extremis”. Informédes intentions des ministres De Rijcke (Affaires étrangères)et Di Rupo (Affaires économiques) de déposer un amendementdans le sens d’une attention au bien commun, le ministre-présidentde la Région flamande, Luc Van den Brande, s’y est opposé,dans une lettre qualifiant ces amendements de “position erronée”.La Flandre aurait également fait savoir qu’elle ne désiraitpas compromettre un investissement de 1 milliard de franc dans la rechercheen biotechnologie. Divisée, la délégation belge s’estabstenue. <<C’est éminemment triste, a réagitDi Rupo81, chaque fois que l’onplace les considérations économiques au-dessus de l’éthique,on fait un pas vers un monde d’imbéciles et de mercantiles.>>
3. Effets imprévisibles:risques inconnus et questions en suspens
Comme toute entreprise scientifique,<<l’entreprise“génôme humain” est profondément impure, mais si elleest impure, mais si elle est redoutable, ce n’est pas parce qu’elle coalisetrop d’intérêts disparates (ce qui est une conditionsindispensables de tout projet scientifique, une autre étant le propredu scientifique, que de tenir son hypothèse, de la proposer àtous), mais parce qu’elle est suiceptible de réunir tous ceuxqui trouveront intérêt à transformer une différencestatistique en instrument de tri, de sélection, de contrôle82>>.Ce qui fait référence à ce qui constitue une bieneffrayante perspective que nous offre le génie génétiquedans le domaine médical, un débat où l’on voit leséthicien ne parvenant pas à justifier une quelconque limiteà une utilisation dans le domaine des assurances, où lorsdes procédures d’engagement, ce qui relève du racisme, ilne parvienne, et en reste tout béat d’étonnement, pas plusà sérieusement s’opposer à une médecine dorénaventprédictive, pour ne pas dire eugéniste.
Une procédure de “biovigilance”crédible implique une certaine stabilité, pour que tous lesacteurs concernés, économique, politique, scientifique, éthique,puissent établir le type de risques pris en compte, les types denormes de sécurité y afférants. Faute d’un concensussuffisant, l’acteur scientifique du débat est tiraillé, envoiedes signaux contradictoires, les autres acteurs ne pouvant que compterles points sur la ligne de touche. Or le problème, est que les basessur lesquelles s’établissent le génie génétique,en tant que science appliquée, sont caduques, elles relèventd’une conception de la génétique dont on est revenu. Ce nesont pas ceux qui simplifie à l’extrême et qui affirme: <<Leschercheurs scientifiques peuvent maintenant identifier avec précisionle gène individuel qui régit un caractère souhaité,l’extraire, le copier et insérer dans un autre organisme. Cet organismeet ses descendants auront des lors le caractère souhaité83>>.Nous n’avancerons pas par maîtrise successive, de même nousne “vaincrons” pas la maladie comme le disait Pasteur, non pas que lesvirus perdent leur pertinence, mais par l’apparition de nouveaux objets(prion), de nouvelles complexité (transfert de gènes horizontaux),de nouvelles interractions. Ce n’est pas en nous laissant mener en bateaupar les sirènes des chimères du scientifique qui <<tireactivement parti des ressources de son environnement pour faire prévaloirses thèses, et (...) cache ses stratégies sous le masquede l’objectivité84>>. Lorsqu’“aunom de la science”, ils essayent de nous expliquer la révolutionque leurs travaux vont immanquablement provoquer, voyons-y la posture dumarchand, patron de recherche, qui cherche à nous vendre sa dernièrecamelote. Autrement dit, lorsqu’il se présente à votre porte,il est évident que son “nouvel” aspirateur va révolutionnervotre vie de femme au foyer.
On a vu, à traversl’exemple de Carthagène, que la “biovigilance” ou “biosécurité”sont prises en compte, le problème étant néanmoinsque se placer sur ce plan revient à accepter celui choisi par lescomplexes génético-industriel et accepter le géniegénétique tel qu’il nous est présenté par lesscientifiques85, notamment en ce quiconcerne la prédictibilité de ce genre de risque, la possibilitéde le contenir, de le maîtriser, la possibilité mêmede “biovigilance”. Ma thèse est que la “biovigilance” a ce stade-ci,c’est de décréter un moratoire sur les disséminations.Loin de vouloir diaboliser une technique, la dissémination, carle pire effectivement n’est jamais sûr, nous brûlons les étapesen dépit du fait que personne n’en veut. Il semble indispensableque les expériences se fasse dans un pur souci scientifique de travailsur les interractions et pas une introduction commerciale au pas de course.
a. Déchet de génomeet tare scientifique
Une notion ne manque pasde susciter question, c’est le “junk DNA”, ou “gènes poubelles”.Dans la conception du génie génétique en vogue enscience appliquée, on considère que 95 pourcent du génomeest inutile. En fait, on ne sait pas à quoi il sert. Voyons maintenantd’un peu plus près cette évolution des sciences86.<<Selonles “dogmes centraux” de l’ancien modèle: les gènes déterminentles caractères selon des chaînes causales linéaires- un gène donnant un caractère - ne sont pas sujets àune influence de l’environnement, restent stables et constants, et demeurentlà où ils ont été insérés. Selonla génétique moderne, par contre, aucun gène ne travaillejamais isolément, mais bien dans un réseau génétiqueextrêmement complexe. La fonction de chaque gène dépenddu contexte de tous les autres gènes du génome. Le mêmegène peut donc avoir des effets très différents d’unindividu à l’autre, en fonction de la diversité du génôme.Il y a tant de diversité génétique au sein de la populationhumaine que chaque individu est génétiquement unique.. Ainsi,si le gène est transféré à un génomedifférent, il est fort probable qu’il aura des effets totalementnouveaux et imprévisibles. Le réseau génétique,quant à lui, est soumis à plusieurs niveaux de régulationdépendant de la physiologie de l’organisme qui est lui, eux-mêmeen relation avec l’environnement extérieur. Ces processus de régulationne changent pas seulement la fonction des gènes, mais peuvent égalementles réarranger, les déplacer, les multiplier... Les gènespeuvent même se déplacer en dehors de leur organisme originalpour en infecter un autre, ce qui s’appelle un“transfert de gèneshorizontal”87>>.
Cette diversité génétiquea un énorme impact tant dans la recherche appliquée àl’agriculture que dans le domaine médical: la pertinence et la nécessitéde test sur les animaux comme “modèles” de l’humain s’en trouventremis en question. Les scientifiques, engoncés dans une conceptionétriquée du génôme, mais aussi de la vie etde la “nature humaine”, sont trop souvent plongés dans l’étudede tel ou tel gène particulier, tout en sachant pertinemment bienque si leur travail a un interêt scientifique, il est totalementexclu d’en déduire des applications qui nous permettrons, commeils le disent, de “maitriser le vivant”. Notre science n’en est pas là,elle en est même des plus éloignée, parce qu’en fait,nous ne savons, ni ne maîtrisons rien. De plus, la science ne pourrapas maîtriser le vivant pour des raisons éthiques et philosophiquessous peine de sombrer dans une mauvaise science du déterminismegénétique. Nous ne disposons pas des “lois” qui régissentces diverses interactions non prises en compte, puisque les scientifiquesfont l’impasse sur 95% du génôme; que, selon ces conceptions,le gène est censé transmettre “sa” caractéristique,or on ne peut ni déterminer avec certitude que tel gène “possède”tel caractéristique ni exclure que la “disposition” des gènesdans le génôme ait une influence; et enfin parce que les techniquesutilisées pour introduire les gènes dans le génôme- bombardement, trempage dans des bains, et introduction “chirugicale”- sont toutes très imprécises. On ne peut pas introduire,tel gène à tel endroit du génôme. Dans ces conditions,il est exclu que l’on puisse mener une quelconque étude fiable desrelations avec l’environnement, ce qui remet en question la possibilitémême de “biovigilance” et les études invoquées pouren attester. Cela réduit du même coup à néanttoute la génétique industrielle. Les scientifiques amenésà se prononcer en sont réduits à donner des réponsesvagues et imprécises aux questions qu’on leur pose sur les risques.Ainsi, pour les comités scientifiques européens, les risquessont ”improbables”, “virtuellement nuls” ou “lointains”. Dans ces conditions,il est exclu de déterminer quelle distance est nécessairepour assurer le confinement d’une expérience. Il est aussi impossiblede déterminer que tel OGM, testé dans tel écosystème,aura les même interactions avec son environnement dans un autre écosystème.De plus, la dépendance des chercheurs vis-à-vis des entreprisesqui sont juges et parties puisqu’elles organisent (mal) les contrôles,diminue la crédibilité des mesures de “biosécurité”.Les études d’impact préalables, négligent en faittout ce qui remet en question les dogmes sur lesquels tout est construit.Ce n’est pas qu’elles nient ces difficultés sur le plan théorique,mais elle les tiennent pour telles justement, et non pour quelque chosequi remet en question leur projet même, qui le rend caduc.
Si la question est: les entreprisespeuvent-elles garantir la non-dissémination dans l’environnement?, et la question doit être celle-là, alors la réponseest négative, elles en sont incapables. Après la condamnationde Monsanto, au début 1999, pour insuffisance de mesure de protection<<publiquementla compagnie affirme qu’elle a pris les mesures adéquates pour “empêcherque de telle infraction ne se produise plus dans le futur”. Mais en privé,les consultant de Monsanto admette que la compagnie était impuissantepour arrêter la dissémination à partir de ces champsd’OGM. Dans une note secrète, un directeur de Bell-Pottinger déclare:“ Mon interrêt est que les dirigeants de Monsanto puissent dire publiquementquelle démarche concrète ils ont entrepris pour empêcherque ceci se passe de nouveaux. En réalité, il peuvent sansdoute peu de choses, mais ils seront très sévèrementcritiqués s’ils sont incapable d’au moins, démontrer qu’ilstravaillent à un programme de renforcement de la surveillance deschamps expérimentaux d’OGM” Monsanto admet qu’elle ne peut rienfaire pour prévenir les fertilisations croissées88>>.
b. Lors des contrôlede sécurités on ne trouve que ce que l’on cherche
Avant d’être homologuéeset de parvenir sur le marché, les plantes modifiées génétiquementsont étudiées en laboratoire puis dans des essais en pleinchamp qui durent deux à cinq ans, ce qui est notoirement moin quepour les autres méthodes de sélection. Il n’y a pas de raisonque les compagnies renoncent aux techniques de falsification scientifiquemises en oeuvre lors de l’introduction du nucléaire ou celles quiont accompagné toute l’histoire de la chimie. Tout en tenant undiscours mielleux sur la biovigilance, il s’avère, selon une analysede l’Union of concerned scientist89,que malgré l’obligation officielle d’un rapport d’évaluationde tous les tests effectués pour que l’USDA délivre une homologation,seul deux cents soixante neuf rapports lui avait été remis,sur quelques deux mille essais en plein champ autorisés au coursdes dix dernières années. Parmis les cent trente neuf rapportsaccessibles au public, dans la plupart des cas, les risques écologiquesconnus n’avaient fait l’objet d’aucune investigation. En 1997, l’Institutd’écologie de Fribourg90 confirmaitcet inquiétant bilan. L’analyse des conséquences écologiquesdes cinq mille disséminations effectuées dans l’environnementn’a été faite que dans moins d’un pour cent des cas. Le longterme sur lequel se déroulent une dissémination dans l’environnementrend les prévisions difficiles: ainsi, entre l’introduction d’uneplante exotique et son passage dans la flore sauvage, il se passe entrehuit et quatre cent ans, avec une moyenne située à cent quaranteans91.
c. De nombreux “accidents”se produisent
L’étude américainecitée plus haut et de nombreux cas “médiatisés” attestentque nous somment dans la plus grande inconnue et que des risques inattendusne peuvent pas être exclus. Il y a eu des problèmes, lorsd’essais et lors de la commercialisation. S’y ajoutent les expériencesmenées par des scientifiques discidents. Dans leur cas, ce qui estremarquable, c’est que les études qui ont eu un retentissement important- celle de Putzai, qui donne des pommes de terre OGM a mangé àdes rats, celle de l’univrsité de Californie, qui étudiel’impact du mais autorisé par la Commission européenne dansla cacophonie, destiné a venir à bout de la pyrale, sur uneautre espèce de papillon: le papillion monarque, la toxine que contientcet OGM se révéla, évidemment, destructrice du papillonmonarque - sont d’une simplicité telle que l’on aurait légitimementpu attendre qu’elles aient été faites avant. En Allemagne,des essais en plein champ ont été réalisésavec des pétunias dans lesquels on avait introduit un gènedestiné à leur donner une couleur rouge. Or les plantes n’avaientpas simplement des fleurs de couleur différente mais, de manièresurprenante, elle avaient également davantage de feuilles et detige que des pétunias non modifiés. En outre, ils étaientplus résistants à des champignons pathogènes et ilsétaient moins fertiles92. EnSuisse, lors des premiers essais en plein champ de pommes de terre tolérantesà des virus, 35 % de la récolte présentait une modificationde forme (tubercules plus allongés) et une plus grande fréquencede tubercules secondaires. L’annonce qui avait été faite,selon laquelle les plantes seraient détruites en cas d’événementsimprévus n’a pourtant pas été respectée93.Des essais avec des bactéries du sol (Klebsiella planticola) ontprovoqué la reproduction massive de nématodes dans le solainsi que la mort de toutes les plantes de blé en serre dans l’Orégon,aux Etats-Unis. Les bactéries avaient été modifiéesgénétiquement afin de transformer du bois et des déchetsvégétaux en alcool. Après la production d’alcool,elles auraient dû être épandues dans les champs commeengrais, avec d’autres déchets végétaux94.Ces bactéries jugées “inoffensives“, mais modifiésgénétiquement, n’ont fait l’objet d’aucune mesure de protectionparticulière. Que se serait-il passé en cas de dissémination? En 1997, lors de la commercialisation de la récolte de coton RoundupReady Monsanto qui avait été plantée sur 320.000 hectares,on a constaté que cette variété de coton génétiquementmodifiée n’avait pas répondu aux attentes. Il n’as pas “fonctionné”comme prévu, des champs entiers perdirent leurs capsules de cotonou n’en produisirent que des petites rabougries. Les fermiers de sept Etatsaméricains réclament des compensations pour la perte de leurrécolte, ce qu’ils ont obtenu, Monsanto souhaitant éviterun probable procès retentissant95.Un dernier exemple est intéressant sous deux aspects; d’une part,il montre l’irresponsabilité des scientifiques “compétents”,mais aussi leurs mensonges éhontés; d’autre part, il illustreparfaitement ce qui nous guettent comme risques environnementaux. Nousretrouvons Van Montagu et Plant genetic system, qui a obtenu en 1996 l’autorisationde commercialiser du colza génétiquement modifié pourrésister au glufosinate-ammonium, un herbicide total nomméInnovator. Remarquons qu’au Canada ce colza n’offre pas de performancesrégulières96. Nous évoqueronsles problèmes que posent ces résistances aux herbicides,mais ce qui nous intéresse ici, c’est que les promoteurs avaientargumenté, face au risque évoqué de dissémination,que les descendants hybrides seraient probablement stériles et queles risques d’expansion du colza transgénique étaient limitéspar le fait que 800 mètres étaient réservésentre les parcelles expérimentales et l’environnement. Un mois aprèsl’obtention de cette autorisation, des chercheurs danois révèlaientque le colza cultivé et la navette sauvage se croisent spontanémentet, ce avec transfert du gène de résistance à leurdescendance qui est parfaitement fertile. Le colza connu aussi sous lenom de navette ou de moutarde est extrêmement courant dans nos régions.Un autre institut révélait la présense de colza transgéniqueà 2,5 kilomètres du champ d’origine97.Par ailleurs, on nous garantit que toutes les mesures de “confinement”sont en place, que tout est sous contrôle. Résultat, nous“disséminons” des plantes résistantes dans l’environnement,alors que depuis la levée du moratoire décidée en1974, c’est ce qu’il s’agit d’éviter. De la même manière,nous rendons des insectes de plus en plus résistants aux toxines,ce qui ne peut provoquer qu’une fuite en avant vers des moléculestoujours plus efficaces, ou plus nocives.
4. Risques des alimentsOGM sur la santé de l’homme
Du matériel génétiquepeut entrer dans l’homme par la nourriture, des bactéries ou desvirus. Les scientifiques ont d’abord affirmé que les acides de l’estomacdétruisent le matériel génétique, il n’en estrien. A cet égard, il est intéressant de ne pas perdre devue les propos d’une rare franchise de M. Phil Angell, directeur de lacommunication de Monsanto: <<Nous n’avons pas à garantirla sécurité des produits alimentaires génétiquementmodifiés. Notre intérêt est d’en vendre le plus possible.C’est à la Food and drug administration de veiller à leursécurité98>>. Ona vu ce qu’il en est de ces “organismes de contrôle”. Le docteurJohn Fagan résume les risques lié à la consommationd’OGM comme suit: <<Les nouvelles protéines produites dansla nourriture génétiquement modifiée peuvent agircomme un allergène99ou un toxique; altérer le métabolisme des organismes producteursde nourriture, provoquant la production de nouveaux allergènes ettoxines, ou provoquer une réduction de leur valeur nutritionnelle.Les mutations peuvent endommager les gènes naturellement présentsdans l’ADN d’un organisme, principalement pour les métabolismesaltérés et pour la production de toxine, et pour réduirela valeur nutritionnelle de la nourriture. La mutation peut altérerl’expression des gènes normaux principalement pour la productiond’allèrgènes et de toxines, et pour réduire la valeurnutricionelle de la nourriture. La mutation peut interférer avecd’autres fonctions essentielles, mais encore inconnue de l’organisme100>>.
Le premier type de risquesont les risques allergéniques et toxiques. Le problème desallergies a été significativement illustré par unsoja modifié par l’introduction d’un gène provenant de lanoix du Brésil. Il fut autorisé puis retiré aprèsla “découverte” que la noix avait légué son caractèreallergénique. A nouveau, il semble que la recherche ait négligécet aspect du problème, qui s’il n’est pas neuf pourrait prendreune nouvelle ampleur: comment détecter, pour quelqu’un qui est sujetà ces allergies, les éventuels vecteurs ? C’est déjàquasi impossible tant l’étiquetage des produits laisse àdésirer. L’allergie provoquée par la noix du Brésil,concerne cinq pour cent de la population mondiale et est bien étudiée,mais c’est loin d’être le cas pour tous les produits potentiellementallergènes. Lorsque l’on transfère un gène tel quecelui d’une toxine de scorpion, comment peut-on savoir quelles seront lesconséquences que cela aura sur la santé publique ?
Quant au problèmedes virus léthaux, risque qui recu une illustration éloquenteavec la “crise de la vache folle”. Si la polémique fait rage concernantl’hypothèse du prion et transmission entre les espèces parles farines, il n’en reste pas moins que ce risque à pris corp aveccet “accident”. Le sujet est crucial pour ce qui concerne les xénotransplantations101.Le danger de provoquer des pathogènes par les vecteurs mobiliséset recombiné est réel. Aucune étude sérieusene semble avoir été faite dans ce domaine (et pour cause,on ne connait rien de ces “mystérieux“ processus), mais déjàon relève des cas inquiètants, comme ces six malades àl’Institut Pasteur, cette épidémie d’une maladie sanguinerare au Japon, l’eosinophilia myalgia syndrome (EMS) et la mise en questiondu L-trytophan. Ce supplément alimentaire, un acide aminéqui était distribué comme une pilule tranquilisante et somnifère,était génétiquement modifié. Elle tua trente-septpersonnes et en rendis quinze cents autres invalides de façon permanente102.Enfin le problème des cancers car, s’il est vrai que les différentsOGM sont destinés, non à diminuer la consommation d’intrant,mais bien à l’augmenter, les plantes façonnées avecune résistance à un herbicide total sont bien destinéesà être pulvérisées durant leur croissance, cequ’une plante non modifié ne permet pas. Que devienne ces toxiques? De même, en modifiant des plantes de manière telle que chacunede leurs cellules produisent un insecticide, il est fort probable que laconcentration en soit augmentée d’autant dans le produit fini. Certainesconséquences de l’augmentation continuelle des intrants dans l’agriculturecommencent à être connues, celle de l’intoxication au Roundup103ou celle de l’intoxication à l’hormone de croissance bovine (rBST)qui provoquerait le cancer de la prostate et du sein104,mais aussi celle de la diminution continuelle de la fertilité humaine.Qui provoque, elle, une autre fuite en avant technologique: la procréationassistée. On privilégie toujours plus de technicitépour remédier aux conséquences de l’infertilité plutôtque de s’attaquer à ses causes.Un autre problèmeest celui de l’apparition de virus résistants, mais ce qui est leplus inquiètant, c’est le problème des antibiotiques, problèmebien connu et qui suscite de plus en plus d’inquiétudes. L’utilisationmassive des antibiotiques en médecine et dans l’alimentation provoqueune diminution continuelle de leur efficacité. Nous ne disposonsque de peu de molécules actives, dont certaines sont indispensableslors d’infection fulgurante. La puissante corporation des médecinsse sent concernée. Des pays ont interdit certains antibiotiquesdans l’alimentation animale: le Danemark, la Finlande, la Suèdeet l’Allemagne. Après l’OMS en 1997 lors de la conférencede Berlin, ce sont les participants (médecins vétérinaires,chercheurs de trente pays) à la conférence qui a eu lieuà Copenhague en septembre 1998 qui ont lancé un appel àl’Union européenne pour un usage prudent et modérédes antibiotiques. Ce qui pose problème avec les OGM105,est que ceux de type 1 (ceux que l’on dissémine pour le moment)contiennes un gène marqueur de résistance aux antibiotiques,résidus technologique inutile106.Une étude hollandaise publiée dans New scientist montreque les gènes de résistance aux antibiotique pouvaient contaminerles bactéries qui se trouvent dans l’estomac. Si la Commission commenceà réagir pour l’alimentation animale, elle n’est pas revenuesur son autorisations de mise sur le marché d’OGM modifiésavec un gène de résistance aux antibiotiques. On sait aujourd’huique l’ADN a une bonne rémanence dans le sol par l’intermédiairedes bactéries. Ce qui n’est pas sans danger pour les agriculteurs:en effet un agriculteur qui cultive ces plantes risque gros en cas d’infection,par inhibition des antibiotiques. Récemment, on a autoriséun chicon génétiquement modifié, qui contient un telgène107 aux conséquencesassez marginales, mais la polémique a fait rage concernant le maïsgénétiquement modifié de Novartis. En effet, celui-cicontient un gène de résistance à l’Ampicilin, fréquemmentutilisé en médecine humaine et vétérinaire.
5. Risques pour l’environnementet la biodiversité
Lorsque l’on dépassel’expérimentation confinée dans un milieu clos, que l’onfait des disséminations volontaires dans l’environnement, il fauttenir compte d’un nombre impressionnant d’interactions. Ce qui est crucial,ici, c’est la biodiversité, étant entendu qu’il est reconnupar tous qu’elle est à préserver ( pour des raisons différentesallant de son statut de “bien commun”, d’un côté àsa valeur marchande qui pourrait être perdue, de l’autre) et en danger.En effet, chaque années, génie génétique oupas cinquante mille espéces s’éteignent. Il peut y avoirdeux types de problèmes, le premier n’est pas spécifiqueau génie génétique, mais à l’industrialisationde l’agriculture et au type de développement mis en oeuvre, cheznous et dans la périphérie. Le second pose le problèmedu passage d’un transgène d’une plante cultivée àun organisme sauvage. Cette dissémination pourrait avoir des conséquencesimportantes et perturber les écosystèmes. Il existe troisvoies de passage : les plantes modifiées peuvent passer dans laflore sauvage, lors de croisements imprévus entre une plante cultivéeet une espèce sauvage apparentée (croisement ou hybridation);on peut voir apparaître des descendants qui possèdent lescaractéristiques des plantes transgéniques; le transgènepeut passer dans le génôme d’autres organismes par l’intermédiairede micro-organismes ou de parasites (ce mode de transfert est appelétransfert de gènes horizontaux et peut par exemple se produire entredeux espèces de plantes ou entre une plante et une bactérie,etc...). Le génie génétique n’est pas mauvais en soi,mais c’est un aspect du problème largement négligédans les études sur les essais.
Quelles sont les principalesmodifications génétiques qui arrivent sur le marché,qui sont commercialisées ou en attente d’autorisation ? La premièreest la tolérance aux herbicides, généralement desherbicides totaux (le plus souvent glyphosate - nom commercial: Roundup- et glufonisate). Ce qui valait pour la santé vaut aussi pour l’environnement;il n’y a pas