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Depuis le 21 juillet 1999...
 
 

Le CAGE

Collectif d'Action GènEthique


 
Bruxelles
20 novembre 1999
 

 

 
Liège
Arlon
Namur
Brugge
Tournai

 

Nous n'avons que des transgènes à perdre et tout un monde à gagner...

Depuis quelques mois, une résistance "de terrain" aux OGM et à l'entreprise nécrotechnologique1se développe en Belgique, traduite notamment par l'utilisation d'autocollants "Risque d'OGM" et par l'apparition du CAGE (Collectif d'Action GénEthique), actif dans les trois régions du pays ainsi qu'en France.

Ce texte se propose de brosser un rapide portrait du CAGE et d'éclairer ses modes d'intervention...Vous pourriez préférer avoir une idée de nos convictions et revendications où prendre connaissance de tous ces éléments au sein d'une chronologie/revuede presse. (certains documents ne sont accessibles que par ce biais)
 

Par un bel après-midi de juillet...(21 juillet 99 - 20 novembre 99)

Le CAGE a vu le jour lorsde la troisième édition du "Carrefour des luttes" (espace autonome de rencontre entre dynamiques de résistance, organisé 2 à 3 fois par an par un réseau aux pratiques diverses -Systèmes d'Echange Locaux, comités de chômeurs, radios, collectifs contre les expulsions d'étarngers, coopératives agricoles, luttes artistiques,...), à la ferme coopérative du Hayon (Gaume) en juillet 992. A l'issue d'une conférence-débat sur "les dessous de notre assiette", mettant aux prises un généticien "au-dessus de la mêlée" (ritournelle classique) et un membre de la Confédération paysanne française, la centaine de participants à la journée s'est répartie en groupes de travail pour lancer ce qui allait devenir une démarche au long cours visant la production et la commercialisation d'OGM mais aussi plus globalement les logiques marchandes appliquées au vivant sous toutes ses formes.

Dans un pays

- qui compte un nombre record, proportionnellement à son territoire, de sites de tests OGM (183 demandes introduites - officiellement ! - depuis 1988);

- qui finance les travaux d'un des pionniers de la transgenèse, le prof. Van Montagu (fondateur de Plant Genetic System, rachetée par la multinationale agrochimique AgrEvo/Aventis);

- qui a vu disparaître près de 30% de ses fermes en 10 ans ("plusieurs Vilvorde par an"dans la paysannerie);

- qui fait souvent office de laboratoire ou de décharge (pléonasme?) des multinationales agro-alimentaires par rapport à d'autres pays européens (voirles déclarations d'Unilever sur la prétendue "indifférence" du consommateur belge)

... il était largement temps que s'organise une riposte ferme et durable !

Ainsi, quatre mois presque jour pour jour après sa naissance, le 20 novembre dernier, le CAGE déboulait dans l'espace public (et marchand) à la faveur d'une première journée nationale d'actions et de sensibilisation en supermarchés, dont le bilan était plutôt satisfaisant : 12 villes impliquées, autant en Flandre qu'en Wallonie et à Bruxelles (Bruxelles, Liège,Namur,Arlon,Wavre,Tournai,Louvain,Gand, Anvers, St Nicolas, Courtrai et Bruges), entre 200 et 300 participants (dont beaucoup ne proviennent pas du "milieu" militant), une variété réjouissante d'animations théâtrales et d'accessoires révolutionnaires (tel le fameux portique détecteur d'OGM)3et bien sûr l'inauguration des déjà célèbres autocollants orange fluo "Risque d'OGM", dont plusieurs personnes par groupe assuraient la dissémination (non confinée !) sur les produitscontaminés des grandes surfaces visitées (nous avions pris soin de cibler des magasins de chaînes différentes, sans épargner celles qui surfent sur la vague anti-OGM pour promotionner à moindres frais les produits de leur enseigne - particulièrement le groupe Delhaize). Au total, plus de 11.000 autocollants de salubrité publique ont été apposés pendant cette seule journée, sur des articles répertoriés dans les "listes noires" de Greenpeace France et Luxembourg (pour les CAGE francophones), sur tout ce qui contenait de la lécithine de soja ou qui provenait des multinationalesde l'alimentaire (dans le cas des actions flamandes). Autant dire que des rayons entiers y sont passés !

Pourquoi des autocollants?

Appliqués sur lesproduits contaminés, ils mettent en cause la responsabilité des sociétés qui en inondent les rayons, ils avertissent les autres consommateurs et, parfois, ils nous donnent l'occasion de discuter avec le personnel et les gérants.

Nombre d'anecdotes sont déjà attachées à cette pratique de l'"étiquetage autonome" et à ses impacts multiples. La société Alpro par exemple, spécialisée dans les produits à base de soja, a appelé sur un GSM les membres d'un CAGE flamand pendant le déroulementd'un collage... pour clamer sa bonne foi quant à l'absence d'OGM dans ses aliments et les inviter à venir inspecter son usine...

Sur le plan "tactique" aussi, la journée du 20 novembre aura été riche en enseignements.Nous avons notamment récolté des indications quant à la pertinence relative d'un étiquetage sur les produits OGMisés eux-mêmes, plutôt que par exemple sur les rayons des supermarchés. Au GB de Wavre en effet, trois "étiqueteurs" détenus par le gérant du magasin et des membres du personnel ont été relâchés, avec l'accord de la gendarmerie descendue sur les lieux, aussitôt que l'un d'entre nous a retiré les deux ou trois autocollants placés par mégarde sur des rayons... c'était tout ce que le gérant du supermarché avait à nous reprocher, alors qu'au moins 200 produits posés sur ces mêmes rayonnages portaient toujours une étiquette orange fluo "Risqued'OGM" !!. Les grandes surfaces (du moins celles de ce groupe) n'étant pas propriétaires des articles qu'elles exposent, elles s'en sentent peu responsables...

De toute façon, cibler directement les produits nous semble être la méthode la plus susceptible d'exercer une pression sur les grands groupes agroalimentaires (Nestlé, Danone, Unilever, Mars Corporation,...) sans compromettre pour autant les possibilités de coopération avec les acteursde la distribution.

Trois précisions s'imposent quant au cadre dans lequel nous inscrivons l'usage des autocollants :

a) ils ne sont pas tant à nos yeux un outil de visibilité (ils ne comportent d'ailleurs aucune coordonnée) ou un instrument "militant" qu'un levier actionnable au quotidien par tout un chacun, une sorte d'interface politique qui, en situation (face à d'autres consommateurs, au personnel ou aux gérants des grandes surfaces), fait surgir la parole dans un contexte marchand et publicitaire tout entier bâti sur son détournement à des fins privées.

A ce titre, les autocollants donnent leur pleine mesure à partir du moment où ils nous échappent, où leur usage n'est plus associé à une action du CAGE mais devient le fruit d'un acte quotidien, d'une appropriation responsable par chacun;

b) ils ne sont que l'un des leviers dont le CAGE se sert pour révéler et réaliser une brèche dans le champ de l'agro-alimentaire, pour y exercer une pression non agressive mais incontrôlable et continue, susceptible d'ouvrir des portes (aux sens propre et figuré) à un "travail de fourmi" accompli en parallèle (rencontre d'acteurs associatifs,de paysans, d'industriels,...). L'optique étant ici de dépasser une riposte organisée "le dos au mur" face à la prise en otage du vivant et de l'alimentaire, d'aller au-delà d'une résistance-réaction, le plus souvent dénonciatrice et qui, pour justifiée et nécessaire qu'elle soit, n'a en définitive que peu ou pas du tout d'impact sur les logiques sous-jacentes aux phénomènes décriés;

c) ils ne visent pas à revendiquer un étiquetage "officiel" des produits contenant des OGM ! Que ce dernier se mette en place a somme toute relativement peu d'importance à nos yeux. Une telle mesure ne correspond en tout cas ni à nos objectifs (nous libérer de l'emprise marchande et techniciste sur le vivant) ni au processus que nous privilégions (la construction d'un rapport collectif et individuel autonome aux ressources alimentaires, au corps, à l'exercice multiple du pouvoir,...). Sans même parler des nombreux effets pervers possibles d'une commercialisation "contrôlée et transparente" de produits issus d'OGM ou en contenant (caution indirecte à leur dissémination industrielle et aux nuisances qui en dérivent, risque de création d'une double filière dans la distribution - aliments normaux plus chers -, coup de pub grâce auquel les géants des nécrotechnologies peuvent retrouver un semblant de respectabilité,...).

Le droit à la transparence ne consiste pas à pouvoir se rendre compte que les magasins regorgent de produits contaminés... et à devoir s'y résigner ! Et, de fait, la confusion a jusqu'ici été évitée (contrairement, semble-t-il, à ce qu'il s'est passé en Grande-Bretagne avec des autocollants similaires).
 
 

Etiquetons aujourd'hui, pour que rien ne doive l'être demain ! (décembre 99 - février2000).

Conformément à nos attentes initiales, la pratique du marquage citoyen s'est rapidement répandue, d'autant plus aisément que nous n'avons pas "breveté" les autocollants (un champ d'application expérimentale en a même été découvert dans la région de Montpellier).

Des rayons des supermarchés, elle s'étend à d'autres terrains... comme celui des distributeurs automatiques de "délices" OGMisés (Mars, M&Ms, Crunch,...) dans le métro bruxellois. Ce qui lui vaut d'ailleurs une célébrité inespérée et soudaine : vous vous en souvenez peut-être, environ trois semaines après que les logos des "friandises" des sociétés Master Foods (Mars alimentaire) et Nestlé aient commencé à être autocollés sur ces distributeurs (le réseau du métro bruxellois compte paraît-il 450 de ces machines), la RTBF consacre au "phénomène" une séquence dans son JT de 19h30 et des bulletins radio. Elle y évoque un "gang" de "mystérieux individus" qui chaque jour "prennent d'assaut" les pauvres machines métalliques, sans avoir été jusque là interceptés, le système de sécurité par caméra étant "obsolète" (propos du gestionnaire des distributeurs). Moins cocasse mais plus intéressant en ce qui nous concerne : ce même responsable de la société de distribution affirme avoir enregistré une baisse de 50% de son chiffre d'affaires (!) et, interrogée par la journaliste, la firme Master Foods déclare, sur la défensive mais de façon catégorique, qu'il n'y a aucun risque d'OGM dans ses produits et que son soja est garanti provenir de récoltes conventionnelles4.

Nous verrons peu après les distributeurs se couvrir d'autres autocollants, signés Master Foods cette fois, et indiquant "ne contient pas d'OGM", à côté des marques qu'ils produisent (ces autocollants "de contre-attaque" ont depuis en grande partie été arrachés et ne sont bizarrement pas réapparus...).

Petit "hic" dans ce qui s'apparentait déjà à une maladresse médiatique de la part de Master Foods (intervenir à la télé n'était-il pas le meilleur moyen de populariser le doute sur l'innocuïté de leurs produits ?!) : interrogée par courrier par Greenpeace Belgique et par un groupe du CAGE flamand, la compagnie a cette fois répondu "nous ESSAYONS d'acheter tous nos ingrédients provenant de récoltes conventionnelles". Du mensonge systématisé comme arme de guerre commerciale...

Nous n'en sommes bien sûr pas restés là : le marquage des distributeurs d'OGM&Ms s'accompagne maintenant de l'affichage d'un feuillet intitulé "Notre vie, leur argent", qui répercute le cynisme de Master Foods (et de Unilever) et fournit la liste des marques que ces deux sociétés commercialisent.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Des OGM dans votre alimentation

D'autres supports ont dans le même temps suscité la prolifération des petites étiquettes orange : les vitrines des Quick et des McDo (plus précisément les grands hamburgers en plastique adhésif qui y trônent déjà...) - ce qui permet de pointer l'invasion des OGM dans l'alimentation du bétail - et les panneaux publicitaires en plexiglass qui abondent dans le paysage urbain pour nous délivrer de subtiles vérités telles "Les hamburgers aussi ont droit à la différence" ou "Chaque matin, Yakult renforce l'être humain" (en le modifiant génétiquement, cela va sans dire - si l'on y fouille un peu, le site web de la multinationale coréenne est édifiant à cet égard).

En dehors de cette prévention-information entretenue au quotidien, depuis la fin décembre il ne se passe quasiment plus une semaine sans que se produisent une ou plusieurs interventions publiques des groupes du CAGE, tant au niveau local (un rendez-vous bimensuel de collage en grands magasins a par exemple été fixé à Bruxelles) que communautaire (concentration de l'ensemble des CAGE francophones chaque mois dans une ville différente, idem pour les copains néérlandophones). (voir chronologie action du 5 févrieret du 4 mars). Outre les étiquetages conviviaux et collectifs auxquels ils donnent lieu, ces rendez-vous sont aussi l'occasion de mettre à l'épreuve différents scénarios (diffusion en plusieurs points du supermarché de messages informatifs préenregistrés, création dans le magasin d'un dépotoir à OGM,...).

Notons également que plusieurs des groupes CAGE combinent leur démarche avec l'activité d'un groupe à ancrage local d'achat commun d'aliments biologiques et issus du commerce équitable. Sans doute est-ce là l'une des meilleures réponses à la posture strictement dénonciatrice dans laquelle certains voudraient enfermer les opposants aux nécrotechnologies.

Dans le contexte actuel, où les déclarations d'intention des uns rivalisent avec les mensonges des autres (cf. les autocollants péremptoires de Master Foods: "(nos produits) ne contiennent pas d'Organismes Génétiquement Modifiés", ce qu'aucun producteur ou distributeur, GB compris, ne se risque à affirmer), nous ne pouvons nous contenter des formulations laconiques et approximatives dont on nous gratifie.

A ce propos, les déclarations diffusées la veille de la journée d'action" La résistance est fertile " du 1er avril par le groupe GB ne laissent subsister aucun doute sur leur motivation : "Vanaf dit weekend, kan men zich verwachten aan bepaalde acties tegen GGO's" (A partir de ce week-end, on peut s'attendre à certaines actions contre les OGM), peut-on entre autres lire dans une note accompagnant l'annonce de l'élimination des OGM des produits de la chaîne destinée aux responsables des supermarchés du groupe. Comment ne pas voir dans les nouveaux trésors de communication déployés par la société une tentative opportuniste de préserver des intérêts commerciaux face à une opposition croissante, avant d'être la traduction d'une réelle volonté d'élimination des OGM ?

Dès lors, le CAGE entend maintenir sa vigilance et poursuivre ses interventions tant que des avancées substantielles n'auront pas été enregistrées pour permettre à tous de bénéficier d'une alimentation libre d'OGM. Ce qui suppose au minimum :

a.. une explicitation précise des procédures auxquelles ont recours les fabricants lorsqu'ils prétendent écarter les OGM de leurs produits (ils disposent pour ce faire de deux possibilités : la substitution et/ou le contrôle de la filière "de la fourche à la fourchette");

b.. la transparence par rapport à l'entièreté des filières d'approvisionnement sur lesquelles nombre de fabricants transfèrent commodément la responsabilité de l'élimination des OGM et les coûts considérables de celle-ci (mise à disposition de l'identité des fournisseurs, condition sine qua non de tout contrôle);

c.. l'élimination des OGM de l'alimentation des animaux qui aboutissent dans notre assiette. Quoiqu'elle soit le premier débouché des OGM cultivés industriellement (tourteaux de soja pour le bétail,...), la viande semble avoir été "oubliée" dans le processus actuel de retrait;


 
 

Action le 8 avril à Tournai

1 Terme de plus en plus utilisé pour contrer la prise en otage du vivant qu'organise aussi le complexe génético-industriel à travers le langage. Comment supporter le cynisme avec lequel osent s'auto-proclamer "biotechnologies" les disciplines et les techniques les plus puissamment engagéesdans une course contre la vie (contre ses ressorts primordiaux tels la diversité, la gratuité, l'entraide, la complexité...)?

2 Le prochain Carrefour des luttes, intitulé "Malbouffe s'en va-t-en guerre, mijotons, mijotons..." se déroulera à Liège, au centre culturel La Zone les 12 et 13 mai prochains, autour du thème "Malbouffe :pas d'quoi en faire un plat ?". Voilà qui tombe à pic ! Renseignements: La Zone, 42, Quai de L'Ourthe, 4020 Liège - tél.: 04/341.07.27.

3 Merci au groupeAction OGM pour son petit guide très inspirant ! Un extrait sur les actions en supermarché (pour vous le procurer : Action OGM, 4 rue Bodin,69.001 Lyon - fax : (00 32) 4/78.28.57.78 - maison.ecologie@wanadoo.fr)

4 Vous pouvez aller le vérifier sur http://www.rtbf.be/info/jt/2000_01_07/n200.html, l'intégralité du journal télévisé du 7 janvier y est reprise sous forme textuelle, agrémentée de deux photos de distributeurs flanqués d'une étiquette - il y avait initialement trois images, mais la dernière, prise de très près sous le logo M&Ms, a été retirée du site, car sans doute trop suggestive pour les esprits fragiles... Ah,le choc des images !
 
 

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